Cinéma – 24 jours

Je n’étais pas certaine d’avoir envie d’aller voir ce film. Alexandre Arcady ne me semblait pas la meilleure personne pour traiter avec mesure le  meurtre du jeune Ilan Halimi. Mais voilà, il est parfois bon de dépasser ses préventions et de donner une chance à l’intelligence de ses contemporains. Le réalisateur livre un film adapté du témoignage de la mère de la victime, Ruth Halimi qui s’est battu jusqu’au bout pour qu’on reconnaisse que le meurtre de son fils était bien un crime de haine, motivé par l’appât du gain certes, mais sous-tendu par un antisémitisme violent.

On connait les arguments des défenseurs du gang des barbares. Des gars paumés, issus de banlieues défavorisées où on apprend la violence plus que l’Histoire, le machisme et la haine de tous ceux qui ne sont pas du territoire plus que les valeurs républicaines. Pas de doute possible, ces abrutis n’étaient pas des flèches, mais nier le caractère proprement haineux du meurtre relève de l’aveuglement pur et simple, du même ordre que celui qui aujourd’hui s’entend pour défendre les brutes de Boko Haram ou de toutes ces groupuscules crapuleux qui enlèvent, torturent, vendent ou tuent des femmes, des enfants et des hommes, étrangers ou locaux.

Zabou Breitman et Pascal Elbé sont remarquables de finesse dans l’interprétation de parents dévastés par l’inquiétude, livrés à la torture psychologique que leur impose Youssouf Fofana et sa bande et à une police désarmée devant un acte incompréhensible. Certains diront que les ravisseurs sont caricaturaux, mais quand on revient sur l’affaire elle-même, comment peindre autrement cette bande de petites crapules sans foi, ni loi, guidés par l’argent facile et les préjugés les plus éculés sur les juifs qui ont de l’argent et une communauté prête à tout pour s’entraider, ces insanités semblent tout droit sortir de la bouche du pire antijudaisme qu’il soit médiéval ou contemporain. Ce ne sont pas de pauvres gars un peu paumés, ce sont des brutes prêtes à tout pour un peu d’argent, assis sur la puissance de la terreur qu’ils inspirent et sur la lâcheté des gens autour d’eux.

Un film très réussi sur une tragédie dont nous devons garder le souvenir, car oui, Ilan Halimi, qui n’était qu’un garçon comme les autres, est mort victime de la haine.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s