revue de presse

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Parmi les lectures de ce début de mai pluvieux, je me suis arrêtée sur :

Books dont le dossier ‘Largent peut-il tout acheter » permet de faire le point sur le capitalisme et les débats qu’il suscite aux Etats Unis entre libéraux et conservateurs. On y pose la question de la place de l’homme au coeur de ce marché pour s’interroger sur la désormais très courante marchandisation du corps et de la vie humaine. Et toujours sont posés les questions sociétales quand une société voit s’opposer de plus en plus crument quelques super riches et une masse de plus en plus importante de très pauvres prêts à vendre qui des reins, du sang, des ovocytes ou leurs enfants pour survivre. Books nous propose de nous interroger sur la société dans laquelle nous acceptons de vivre. Dans l’opus de ce mois on trouve aussi un excellent et très à-propos dossier sur le système Poutine et le rôle du gaz et du pétrole dans l’avenir économique de la renouvelée puissance russe. Ou encore une petite virée dans l’univers très contemporain des exorcistes.

L’Histoire et le Magazine Littéraire font la part belle aux femmes pour fêter le joli mai avec d’un côté les « mères d’écrivains » et leur rôle auprès de leur brillant(e) rejeton(ne) et de l’autre la femme au Moyen-Âge enfin descendue de son donjon. Pour nos chers écrivains comme pour n’importe qui dans nos sociétés de valorisation maternelle, la mère peut être une alliée, simplement indifférente ou une terrible ennemie dont on jette sur le papier le terrible venin. On n’y apprend pas grand chose sur les mères mais beaucoup sur l’art d’utiliser les sentiments qu’elles inspirent pour créer une oeuvre pour ou contre elle. Le dossier se finit sur cette mère de subsitution qu’est la marâtre que les contes nous dépeignent comme monstrueuses et sur ces mères pathologiques qui truscident leur progéniture par amour de l’homme. Face à ces mères d’hommes et de femmes de Lettres, L’Histoire fait la part belle à la Femme médiévale. Trop longtemps remisée dans son couvent, son palais ou victime des vicissitudes du temps, la voilà enfin rendue à son individualité et à sa place complexe. Dans une société qui ne fait pas mystère de son misogynie, elle conquiert tout de même ici et là des lieux de pouvoirs. Le veuvage la libère de sa dépendance financière et sociale, tandis que la religion oscille entre la femme putain, mère de tous les vices et la mère digne dont les péchés furent rachetés par le Mère-Vierge du Christ. On voit s’ébattre dans ce numéro les guerrières, les intellectuelles, les grandes figures de la foi. Pas d’idéalisation excessive, il ne fait pas toujours bon être une femme surtout quand on possède l’art des simples et des potions car on peut rapidement tomber sous le marteau des sorcières et si le fin amor règne dans certains ouvrages, le libertinage n’est pas encore de bon ton. Comme le rappelle l’historien Laurent Vissière, leur corps appartient à l’Etat et à l’Eglise, aux hommes donc, mais certaines parviennent à échapper au carcan et à parler pour toutes leurs soeurs, ainsi Christine de Pizan la mémorialiste de Charles V donne aux reines et aux princesses bien des conseils pour être grandes et nobles dames, tandis que certaines princesses prennent le pouvoir dans l’ombre de leur époux.

Comment se faire peur avec le dernier numéro de Philosophie Magazine qui a l’heure de la réussite des pensées réactionnaires et populistes en Europe, fait un point sur la pensée fasciste. Une pensée très largement inspirée par le mythe d’une unité nationale qui signerait l’indépendance et la force d’une nation. Une pensée du bouc-émissaire où il est de bon ton de déresponsabiliser les membres du groupe en lui livrant un bouc-émissaire sur lequel déverser frustrations et échecs. Le dossier revient bien sûr sur la dispute autour du philosophe allemand Martin Heidegger dont la récente publication des carnets noirs révèlent en pleine lumière l’adhésion plein et entière aux thèses nazies même après la guerre. De ces éléments hétéroclytes difficile de tirer un enseignement et un argumentaire à opposer à ces frustrés du temps. On ne lutte pas contre les mythes avec la raison, il faut alors compter sur l’éducation et là encore, ce n’est pas complètement gagné.

Peut être que pour en finir définitivement avec les fantasmes de grandeur des nationalistes, il faudrait rendre obligatoire la lecture du dernier opus des Cahiers de Science et Vie consacré à l’Origine des Civilisations. Un numéro passionnant et très éclairant sur les sociétés qui partout sur la planète et très tardivement en Europe Occidentale ont modelé la vie de milliers d’individus rassemblés dans des cités-états, accédant à des systèmes politiques et économiques complexes et aux échanges très fructueux avec les civilisations voisines. Maurice Godelier revient sur la difficulté de définir le terme « civilisation », mais parvient globalement à en dresser un portrait assez commun d’un espace à un autre. Un excellente analyse en fin de numéro sur la finesse et la sophistication des civilisations nomades trop longtemps cantonnées dans le rôle des méchants barbares de l’Histoire.

De belles revues à lire sans modération.

 

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