Reza Aslan – Le zélote (trad. Marie-France de Paloméra) – Les Arènes

9782352043294FSUn essai intéressant sur le personnage historique de Jésus avant que ses apôtres et les pères de l’Eglise n’en fassent le Christ. Ou plus exactement un récit sur l’environnement révolutionnaire et escathologique qui régnait dans la Palestine du premier siècle. L’auteur, historien des religions, s’attarde longuement et avec précision sur cette période où les messies fleurissaient comme des fleurs et où les autorités romaines leurs réservaient le même sort: l’exécution pour rebellion au pouvoir romain. Jésus n’est ni plus, ni moins qu’un énième de ces révolutionnaires des champs venu attaqué le pouvoir du Temple et des autorités religieuses juives trop soumises à Rome.

Resa Aslan remet le personnage dans son époque, lui retire ses oripeaux de créature divine et lui rend autant que faire se peut, étant donné le manque de sources, sa dimension politique et sectaire. Jésus n’est plus le gentil gars venu tendre l’autre joue, mais un chef de rebellion avide de renverser un pouvoir corrompu et loin de la foi originelle. Car Jésus est un juif, un juif total, profondément attaché à sa foi. C’est un iconoclaste dans le sens où il refuse d’entériner la corruption, mais son message s’adresse aux juifs, aux juifs pauvres et démunis, à ceux que le Temple maltraite et oppresse pour leur prendre le peu qu’ils ont dans des cérémonies sanglantes et couteuses.

Aslan, en rendant sa judaïté à Jésus, rappelle ce que beaucoup d’historiens savent depuis longtemps. On ne parle pas ici de foi, mais d’Histoire et dans cette Histoire, ce personnage n’est ni le premier, ni le dernier, il est un parmi tant d’autres. Il use des mêmes tours plus ou moins magiques et procède du même discours révolutionnaire et apocalyptique. En lui rendant sa famille, ses frères notamment, l’historien nous ouvre la suite de l’Histoire

La mort de Jesus, comme celle de tous les mages et prétendus messies qui l’ont précédé et le suivront jusqu’à la chute du Temple en 70, aurait dû signer la fin de son mouvement. Mais son frère Jacques va maintenir à Jérusalem la petite communauté de ses adeptes. Le thème de la résurrection va devenir centrale dans leur enseignement, car ce retour d’entre les morts donne à Jésus une pérennité nécessaire. Mais c’est surtout l’aventure de Saül/Paul qui va mettre en marche la formidable machine à créer une nouvelle religion. Car si Jacques parle déjà aux gentils prêts à l’entendre, il leur parle de foi mosaïque. Paul lui va rompre avec ce discours et donner au christiannisme les bases idéologiques qui seront celles sur lesquelles la doctrine s’enracinera définitivement à Nicée.

Ainsi de Jesus le Nazaréen à Jésus Christ, du petit paysan illétré et illuminé au fils de dieu, le chemin est celui des hommes qui viennent après lui et notamment du choix très politique de Paul de se détourner de l’héritage juif pour s’apparier avec les gentils de l’Empire romain, un coup de génie en terme de communication.

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