Cinéma – The Homesman

Le cinéma américain a souvent vendu la colonisation comme un acte de bravoure et de puissance où les colons étaient de braves hommes accompagnées de fortes femmes et d’enfants extraordinaires,prêts à affronter toutes les adversités, les indiens, les grands espaces, le dur labeur de la terre, les aléas météorologiques, finalement triomphants de tout cela, dans une ultime image de famille parfaite dans le soleil couchant, le regard porté loin à l’ouest.

La réalité, que la littérature a depuis longtemps investie, raconte une histoire moins parfaite. La peur, la folie, l’incapacité à comprendre le travail de la terre, les violences,  et pour les plus faibles la certitude de finir beaucoup  plus démunis qu’ils ne sont arrivés. C’est cette aventure là que nous conte avec talent Tommy Lee Jones. Le portrait de son héroine, Mary Lee Cuddy est celui de beaucoup de femmes qui ont choisi de partir à la conquête de nouveaux espaces. « Choisi » n’est pas tout à fait exact, car être célibataire dans l’Amérique du XIXè siècle, comme partout ailleurs est un échec qui signe la laideur ou un caractère trop masculin. Ainsi la scène d’ouverture dit avec une certaine cruauté le destin de ces femmes qui n’hésite pas à se jeter à la tête d’un homme pour être cruellement rejetée.

Mais la jeune femme ne se laisse pas abattre, elle décide de prendre la tête d’une curieuse caravane qui devra ramener dans leurs familles restée à l’Est, trois jeunes femmes que la précarité extrême de la vie dans les territoires a terrassé. Le film montre très bien la terrible mortalité infantile, les maisons mal tenues, le bétail qui dépérit parce qu’on n’est pas vraiment éleveur et une prairie qui ne rapporte presque rien de ce qu’on y sème. Des larmes et de la poussière, c’est tout ce qui reste à ces trois femmes qui ont sombré dans la folie. Malgré sa force, Mary Lee Cuddy comprend vite que ce voyage seule en compagnie des trois pauvres folles est une gageure. Aussi ne laisset-t-elle pas passer sa chance lorsqu’elle découvre un vagabon au bout d’une corde. Elle le sauve et l’engage. L’équipée peut commencer.

Le film de Tommy Lee Jones est d’une grande finesse et parle avec humanité de ces personnages à la fois fragiles et hors du commun qu’on croise ici ou là sur les chemins. Il montre aussi la tragédie d’une société où hommes et femmes sont assignés à des rôles trop strictement séparés, où dieu ne sert que de paravent à une terrible de l’âme. Les paysages somptueux mais peu accueillants sont un défi permanent pour l’esprit déjà éprouvé des protagonistes. Un anti-western à ne pas manquer.

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