Cinéma – La chambre bleue

Une adaptation brillante du roman de Simenon dans laquelle Mathieu Amalric montre sa maîtrise de la mise en scène. Il pousse la malice jusqu’à adopter la misogynie. Le film s’ouvre sur une scène qui semble tout droit sortie de l’Amant. Un homme et une femme dans une chambre d’hôtel font l’amour, les corps s’enchaînent, la sueur perle, les seins, les sexes se dévoilent. On ne voit pas les visages, mais on entend les mots, la passion, les questions. L’éternelle danse des amants.

Mais la passion d’Esther finit par épouvanter Julien. Il fuit, rentre chez sa femme et sa fille, retrouve sa petite vie bourgeoise.

C’est ce cheminement qu’on suit dans le regard affolé de Julien, suspect et interrogé par un juge d’instruction. On ne sait pas encore qui est mort, mais la liaison entre les « amants frénétiques » est désormais au coeur d’une enquête judiciaire. C’est le point de vue de Julien qui est choisi. On le voit passer de l’affolement des sens à l’affolement tout court. Le mari d’Esther meurt et la peur panique étreint Julien. Esther veut-elle vraiment détruire son foyer, son équilibre. Esther n’a-t-elle pas compris que la passion dans cette chambre bleue n’avait aucune réalité dans la vraie vie?

Par le biais des questions du juge d’instruction, on suit l’inexorable chute des amants quand le peur de l’un renforce la passion de l’autre. La caméra d’Amalric montre les sentiments qui agitent les protagonistes, les ombres qui les ensevelissent, l’échec des sentiments durables. Mais au final, comme Simenon, il veille à n’apporter aucune réponse. Il laisse le spectateur seul, juge d’instruction dans le fauteuil rouge de sa salle obscure. Il lance des petits cailloux qui viennent changer brutalement l’onde, qui pourtant semble toujours reprendre sa course pour aller vers le dénouement. Juste ou injuste, chaucn le dira. La passion est toujours meurtrière, elle ne supporte pas les coeurs tièdes.

Une belle réussite.

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