Joumana Haddad – J’ai tué Schéhérazade, confessions d’une femme arabe en colère (trad.A.L. Tissut) – Sindbad

51j3EXcuYRL__Pourquoi donc vouloir tuer un personnage de conte? Pourquoi diriger tant de rage contre une femme de papier? Parce que c’est un moyen comme un autre d’entrer en lutte contre toutes les formes de soumission des femmes, contre les habitudes et les diktats si anciens qui ont transformer la moitié de l’humanité en êtres infirmes, décadents, vulgaires, stupides, inférieures, mineures, toujours sous la domination de l’autre partie de l’humanité. Pour beaucoup de lecteurs, le personnage de Schéhérazade est pourtant un archétype féminin, ce personnage étrange qui doit truquer pour rester en vie. Comme si nous les femmes ne méritions pas mieux que cela comme « valorisation » de notre sexe. Une faiseuse d’histoire pour calmer la rage du mâle. Grâce à Joumana Haddad, nous savons désormais que dans les pays arabes, comme partout ailleurs, si nous en doutions encore, des femmes belles, fortes, intelligentes, engagées se lèvent encore et toujours et pour toujours contre la furie des hommes faibles et violents, contre la bigoterie et la machisme quelle que soit sa forme.

La forme du pamphlet heurte parfois celles qui n’ont jamais eu de doute sur la réalité des femmes fortes et engagées partout dans le monde, mais puisque c’est encore le seul moyen de se faire entendre par trop de têtes dures qui pensent qu’on peut trousser une femme de ménage, qu’une femme politique se juge d’abord sur la longueur de sa jupe ou la profondeur de son décolleté, qu’une bonne mère doit céder son poste à un homme en cas de chômage, qu’une petite fille peut être vendue à un barbon plus âgé que son père et que le cerveau des filles n’est pas aussi aptes aux mathématiques.

Certaines d’entre nous ont la chance de vivre dans un pays où on peut gifler un homme importun, où on peut devenir pompier, médecin, soldat, poète ou artiste. Certaines d’entre nous ont expérimenté dans leur chair la violence des hommes mais on put trouver aide, soutien et justice. Certaines d’entre nous ont pu choisir leurs amours et leurs passades sans craindre pour leur vie et leur intégrité physique. Parce que nous avons cette chance, il est de notre devoir de nous souvenir que pour certaines de nos soeurs, ces actes sont des actes de courage quotidien. Elle nous rappelle des évidences que nous oublions aveuglés par les nouveaux bigots. Les femmes arabes sont aussi des êtres libres, incandescents, brillants et passionnés. Elles défient la bigoterie politique et religieuse. Elles s’opposent aux habitudes et aux traditions. Elles entrent en littérature et en art pour parler d’humanité partagée. Elles sont les mères qui porteront les messages d’émancipations aux oreilles de leur progéniture.

Un beau témoignage qui fait du bien à chacune d’entre nous, à chacuns de ceux qui ont choisi la liberté de tous, contre la domination d’un groupe. Nul doute que Simone de Beauvoir accueillerait avec plaisir cette femme arabe en colère….

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