Victor Hugo – Crépuscule

  L’étang mystérieux, suaire aux blanches moires,
Frisonne; au fond du bois la clairière apparaît ;
Les arbres sont profonds et les branches sont noires ;
Avez-vous vu Vénus à travers la forêt ?

Avez-vous vu Vénus au sommet des collines ?
Vous qui passez dans l’ombre, êtes-vous des amants ?
Les sentiers bruns sont pleins de blanches mousselines;
L’herbe s’éveille et parle aux sépulcres dormants.

Que dit-il, le brin d’herbe ? et que répond la tombe ?
Aimez, vous qui vivez ! on a froid sous les ifs.
Lèvre, cherche la bouche ! aimez-vous ! la nuit tombe;
Soyez heureux pendant que nous sommes pensifs.

Dieu veut qu’on ait aimé. Vivez ! faites envie,
O couples qui passez sous le vert coudrier.
Tout ce que dans la tombe, en sortant de la vie,
On emporta d’amour, on l’emploie à prier.

Les mortes d’aujourd’hui furent jadis les belles.
Le ver luisant dans l’ombre erre avec son flambeau.
Le vent fait tressaillir, au milieu des javelles,
Le brin d’herbe, et Dieu fait tressaillir le tombeau.

La forme d’un toit noir dessine une chaumière;
On entend dans les prés le pas lourd du faucheur;
L’étoile aux cieux, ainsi qu’une fleur de lumière,
Ouvre et fait rayonner sa splendide fraîcheur.

Aimez-vous ! c’est le mois où les fraises sont mûres.
L’ange du soir rêveur, qui flotte dans les vents,
Mêle, en les emportant sur ses ailes obscures,
Les prières des morts aux baisers des vivants.

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Une réflexion sur “Victor Hugo – Crépuscule

  1. Les strophes 2-3-6 sont inspirées par le génie poétique de notre meilleur poète (statistiquement parlant). Les autres sont plus ordinaires.

    « les prières des morts aux baisers des vivants »… cela brille, c’est une lance, une flèche.
    L’amour plus valeureux que la foi et la charité ! Message d’humanisme au culte divin : Dieu se suffit à lui-même.
    Et pratiquement, pour les gens pratiques, le baiser et la virginité prévalent sur le rite et la mortification.
    La virginité en question et les femmes en colère. L’ourse va chercher l’ourson sur le bitume; l’ours est en cavale au cul des petites oursonnes.

    Je n’ai ni rime ni répons. Je vis, nous vivons. L’amour est réciproque. La pudeur est bornée par des limites de notre culture : culte et culture cèdent sous le poids de la vie terrestre et de la nature… comme le temple khmer sous le Ceiba pentandra du Cambodge, soit le fromager.

    Rien ne résiste à la force des fromagers dont les racines entourent les pierres et statues millénaires des temples. Ni même les statues de danseuses Aspara qu’aspirent les aspics : de quelle mort avait péri Cléopâtre? On ne l’a bien su jamais : le bruit courut qu’elle s’était fait apporter un aspic caché dans un panier de belles figues; et lorsqu’elle vit le reptile libérateur sortir de la fraîche verdure sa petite tête hideuse, elle aurait dit : te voilà donc! … .

    Mon poème hugolien dédié à Adèle.( avec un ou deux emprunts).
    Pour le plaisir n’est-ce pas ?

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