Du droit de grève, du mépris des intransigeants, de l’art et de la liberté….

656263--Le droit de grève est une bonne chose en démocratie. Il permet à ceux dont les voix sont un peu moins fortes que d’autres de s »unir autour d’un projet et de porter leurs demandes à la connaissance des citoyens. Le droit de grève est donc un acquis qui ne saurait être remis en cause, pas plus que la liberté de penser ou de croire. Mais comme la liberté de penser ou de croire, le droit de grèves ne peut devenir un moyen pour une petite minorité de prendre en otage l’ensemble des citoyens en leur opposant un méprisant  » ta gueule », « toi je te rejette par principe » ou le « chut » plein de morgue qui a envahi la scène de Montpellier Danse hier soir.

La majorité des intermittents participant au festival avaient validé la reprise du travail, sans doute, j’aime à le croire, par respect pour le travail des danseurs, qui bossent comme des fous pendant un an pour offrir au public réuni dans la salle, un moment de grâce. Les organisateurs étaient prêts à entendre ceux qui n’étaient pas d’accord, à leur accorder un peu de temps sur scène pour qu’ils expliquent les raisons de leur ire. Personne ne s’attendait à ce qu’un petit groupe de terroristes culturels monte sur scène pour cracher avec haine, leur mépris à la tête des spectateurs et des danseurs. Car c’est bien le sens de ce chut. La haine rance, la violence bestiale, le mépris des opinions divergentes. Ces femmes et hommes rassemblés dans leur chut de terreur sur la scène avaient tout des gardes rouges qui envahissaient les écoles et les bibliothèques pendant la révolution culturelle de Mao pour chasser de l’intello, du lunettard, du maigrichon pour les envoyer tous pourrir dans les champs. Ils sont une image de l’intégrisme aussi terrible pour notre démocratie que ces femmes couvertes des pieds à la tête pour revendiquer leur appartenance sectaire. Ils sont une image de l’intégrisme aussi brutale que ces crânes rasés qui il y a quelques mois appelaient à bouffer de la tantouze. Ils sont l’image de l’intégrisme aussi sûrement que ces cheminots qui n’hésitent pas à faire voyager leur usagers dans des conditions ignobles, au mépris de leur sécurité. Ils sont toujours minoritaires ces extrémistes. Mais armés de leur mépris pour autrui, ils se jettent à l’assaut des tréteaux pour étaler leur tenace désir de mort.

Mort de l’équilibre social, mort de la cohésion sociale, mort de la concertation et du dialogue, mort de la joie partagée et de l’ouverture d’esprit. Ils n’aiment rien d’autre qu’eux mêmes et leurs désirs mortifères. Vous pourrez leur parler de concertation, ils vous regarderont avec mépris, jetant aux orties vos efforts, attendant un signe du destin pour sortir les crocs et devenir des bêtes féroces assoiffés du sang, qui du bourgeois, qui de la femme libre, qui du simple citoyen voyageur ou banlieusard. Sous toutes les latitudes et à toutes les époques, ces terroristes ont hanté nos pas et nos états. Dans nos démocraties, ils usent de la liberté pour la confisquer aux autres, pour la privatiser au bénéfice des purs, des vrais, des intransigeants. Ils sont le revers de la médaille des capitalistes assassins. Donnez leur le pouvoir et vous verrez naître des camps aussi terribles que les usines du Tiers Monde.

Espérons que ce terrible chut, ce son horrible qui a résonné comme un glas sur la scène de Montpellier Danse, soit enfin noyé sous les chants et les rires de ceux pour qui l’art et le spectable doivent continuer pour nourrir les rêves des citoyens. Oui les intermittents ont raison de se battre pour leurs droits, mais pas par le mépris de celles et ceux qui font vivre la culture, qui l’aime et s’en nourrisse pour s’affranchir un instant des laideurs du quotidien. Il y a le temps de la lutte et il y a le temps du partage.

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Une réflexion sur “Du droit de grève, du mépris des intransigeants, de l’art et de la liberté….

  1. Artémis répond à Hécate :
    Tzvetan Todorov : « Chaque époque a son propre système de genres, qui est en rapport avec l’idéologie dominante. Une société choisit et codifie les actes qui correspondent au plus près à son idéologie ; c’est pourquoi l’existence de certains genres dans une société, leur absence dans une autre, sont révélatrices de cette idéologie. »
    L’idéologie dominante actuelle en France propose, en tout et pour tout, un système de genres indifférencié (ou ultra-différencié ?) qui laisse à la foule des communautés et catégories socio-professionnelles et autres castes plus ou moins intellectuelles la porte ouverte aux manifestations des multiples singularités susceptibles de langage. J’entends par là que les individus sont mêlés dans un chaos tel qu’ils confondent – je ne prends qu’un exemple – un altruisme inconscient avec un égoïsme conscient; et réclament des autres ce qu’ils sont eux-mêmes incapables de donner : un altruisme conscient.

    A partir de là il faut réfléchir à cet oxymore (altruisme inconscient) et modifier, si possible, les façons de raisonner et inculquer (peut-être par l’exemple) à la foule, au peuple français, la nécessité d’être conscient avant d’être altruiste car pour servir les autres il faut déjà être conscient de soi.

    Bien sûr l’homme rassasié ne peut pas comprendre celui qui a faim. C’est donc plutôt par le sentiment ou les automatismes que par l’enseignement, la pensée, l’intellect qu’on pourra réussir à cet objectif sans avoir le revers d’une terreur, une révolution, l’extermination physique, une guerre civile (hélas une fameuse propriété caractéristique humaine).

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