Tom Robbins – Jambes fluettes, etc. (trad. François Happe) – Gallmeister

0770-cover-skinny-5326bd4fcb0b9J’adore l’univers de l’écrivain américain Tom Robbins. Anticonformiste, savamment méchant, ironique et follement drôle. Les livres traduits datent des années 90, mais comme toute oeuvre de talent, elle ne semble pas avoir pris une ride qu’il y aborde les thèmes de la finance et de sa folie, de la guerre et de sa folie, de la bigoterie et de sa folie. On se délecte des univers baroques où les humains côtoient des objets inanimés dotés d’une âme vagabonde et d’un solide bon sens. Il y a du génie chez cet homme-là et son génie est bien le trublion qui a sans doute agité les petites cellules grises d’un Villon ou d’un Rabelais.

Dans ce nouvel (enfin nouvellement traduit car le roman date de 1990) notre écrivain nous emmène à la suite d’une jeune artiste mariée à un gentil nounours dans leur grand voyage vers la Grosse Pomme et ses délices artistiques. Ils sont suivis par une cohorte d’objets disparates parmi lesquels une chaussette sale, une cuillère à dessert, une boîte de haricot, un étrange bâton magique et une conque sacrée. Ces convois pourtant séparés finissent tous dans les entrailles de la Grosse Pomme, désormais séparés par les alléas de la vie. La jolie artiste est maintenant serveuse dans un restaurant tenu par un arabe et un juif ce qui en cette aimable période de guerre au Moyen Orient leur promet des soirées agitées et souvent bleues. Le gentil nounours est à Jérusalem pour y présenter son oeuvre d’art, l’énorme voiture/dinde qu’il avait réalisé pour conquérir le coeur de sa belle et les transporter jusqu’à New York. Les objets errent dans les caves de la cathédrale Saint Patrick et assistent au curieux manège d’un artiste de rue qui tourne avec une étonnante lenteur sur lui-même, un moment fascinant pour ces objets mouvants et aux vaticinations de l’oncle de la jolie Cherry, bigot aux dents en or, décidé à ouvrir grandes les portes de l’Apocalypse.

Sous l’aimable égide de la fascinante Jezabel, tout ce petit univers tourne rond pour dévoiler les sept voiles de la folie humaine. Rom Robbins attaque avec verve la bigoterie des neocons attirés comme des papillons par les flammes du conflit au Moyen Orient _ étonnant d’ailleurs de voir qu’en vingt quatre ans, on a a pas avancé d’un iota dans cette triste région du monde_ dans lesquelles ils voient le visage d’un Christ destructeur des mondes. La poésie et la satire se joignent dans une danse magique, séduisante en diable. Les personnages sont touchants et délirants, comme toujours chez Robbins et donnent au monde des tonalités gaies et libertines malgré la violence ambiante. En cette temps de délires religieux psychotiques, certains passages sont tout simplement de miel pour la pauvre athée que je suis… Merci Tom pour cette échappée belle….

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