Sofi Oksanen – Purge (trad. Sebastien Cagnoli) – Stock – Prix fémina 2010

sofi-oksanen-purge,M41425Un best seller venu du froid et quel froid! La lecture de ce roman de l’Histoire récente estonnienne est époustoufflant et terrible. On assite, loin des grands cheminements historiques à la mise en coupe réglée d’une petite nation prise entre l’ogre soviétique et le monstre nazi, par le biais du destin d’une famille estonienne. Sofi Oksanen aborde de front et sans fioriture, tous les sujets qui fâchent: le nationalisme estonien et ses petits arrangements avec le nazisme, le nettoyage soviétique, et avec l’arrivée du grand chien capitaliste, la mise sous séquestre des jeunes femmes par les mafias sexuelles. Avec tout cela, elle crée un univers froid, dur, presque trop épuré parfois où le lecteur ne peut que découvrir attéré la réalité d’un monde si loin, si proche.

Une vieille femme, Aliide Truu vit seule dans une petite ferme isolée, elle regarde la nature passer les nuits et les jours et vit dans une profonde solitude. Lorsqu’elle découvre à la lisière de la fôrêt une jeune fille sale et en guenilles occidentales, elle décide malgré ses premières réticences d’aider cette fille perdue, fuyant officiellement un mari violent. Entre les deux femmes s’instaure une relation faites des confidences de la jeune fille et des silences inquiets de la vieille Aliide. En parallèle de ce premier récit, on entre dans les souvenirs d’Aliide, avant, pendant et après guerre. Comment sa vie a été profondément affecté par un amour sans espoir pour le mari de sa jolie soeur, puis par la guerre et enfin par l’arrivée des communistes et de leurs grandes vérités agricoles et sociales. Une vie qui aurait pû être sans histoire, mais qui, prise en otage par la Grande Histoire est devenue une tragédie avec en point d’orgue la terrible et impardonnable trahison.

Enfin, un troisième fil est tiré avec le roman de la jeune réfugiée, Zara, oie blanche russe prise dans les rêts de la prostitution occidentale. Sofi Oksanen ne nous épargne rien de la réalité objective de la prostitution: la violence, les humiliations, la crasse, la stupidité abyssale de ces clients sans âmes qui estiment qu’acheter un cul, un con, un visage, pour y faire jaillir leur lamentable semence est un droit de l’homme, baptisé à la vilaine bière. Malgré tout, dans sa descente aux enfers, la jeune Zara garde un petit espoir, tout petit qui va s’incarner un jour dans trois syllabes ES TO NIE.

Entre ces deux femmes que tout semble séparer, la romancière construit un fil léger et incassable comme la soie de l’araignée. Le hasard et la volonté se conjugue pour provoquer une rencontre qui libère les mémoires. Clair et sans artifice, le style de Sofi Oksanen est aussi coupant que la glace qui emprisonne les conscience. Elle ne laisse aucun répit à son lecteur et ne tente surtout pas d’alléger l’atmosphère lourde qui parcourt tout le roman.

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