Gauz – Debout-Payé – Le Nouvel Attila

CV-Gauz-Cheeri Mon petit chouchou de la rentrée littéraire 2014 pour l’instant. Un petit livre truculent rassemblant des aphorismes dévastateurs, de courtes analyses sur l’art d’être un bon vigile de grandes enseignes et une plongée dans la vie de ces hommes venus d’Afrique, tenter de réussir en France. L’auteur le présente lui-même ici. J’ai beaucoup ri, je dois l’avouer, de ce portrait sans concession de la grande consommation, de ces personnages principaux, les clients et de ceux qui dans l’ombre assure la sécurité des grandes artères du consumérisme petit bourgeois. Le vigile regarde ces fourmillières en parfaits enthomologistes de nos agitations dépensières. Une petite sociologie du client et plus précisément de la cliente se met en place. Comment dans une même grande enseigne de parfums, les femmes se retrouvent à la nuit tombée unies dans le goût des odeurs et des couleurs qu’elles soient putains ou bigotes.

Avec humour et tendresse, Gauz nous parle de nous et des autres, ces hommes que nous ne voyons jamais sauf lorsque nous faisons des bêtises et qui portent sur nous le regard du sage sur l’agité du consumérisme hystérique. Ils sont également ceux qui voient au plus près l’action de l’essentialisme racial, celui qui fait de l’homme noir, athlétique, une masse de muscle au service de la machine à surveiller le consommateur ou le visiteur du soir, le squatter, l’hors caste. Tout en bas de la chaine alimentaire du grand capital, il y a le vigile, le « debout-payé », celui qui touche ses maigres émoluments contre une longue, ennuyeuse et pénible station verticale.  Comme il le fait remarquer avec une cruelle clairvoyance, seul le rom, blanc qui a dû chier dans les églises, est plus déconsidéré, plus humilié que l’homme noir sans papier.

Un livre-miroir sans misérabilisme ou rage aveugle, peut être ici ou là une colère froide et distanciée face au mépris des blancs consommateurs. L’humour est manié avec art et les bons mots font mouche, tout comme les courtes analyses fines et tranchantes comme une lame claire. A lire, à faire lire, à partager, pour nous souvenir que notre humanité se joue aussi dans notre rapport à ces autres cachés à nos yeux par les éclats aveuglants de l’or frelaté du consumérisme de masse.

 

 

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2 réflexions sur “Gauz – Debout-Payé – Le Nouvel Attila

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