Martin Amis _ La zone d’intérêt (Calmann Levy)

http://calmann-levy.fr/livres/la-zone-dinteret/

On se demande vraiment pourquoi la maison Gallimard, éditeur historique de l’auteur anglais, a refusé ce manuscrit. Faut il que  la pudibonderie la plus crasseuse se soit glissée dans l’esprit des lecteurs de cet éditeur très en vue. Car objectivement, à moins d’être vraiment de très mauvaise foi, il n’y a rien dans la satire qui soit le moins du monde scandaleux. Ce portrait à l’acide de quelques nazillons n’a rien de fondamentalement révolutionnaire, ni de choquant. Donc Marie Pierre Gracedieu qui n’a semble-t-il pas vraiment lu le livre a pris une décision aussi sotte que piteuse. Enfin ce ne sont que des histoires de maisons d’édition germanopratines sans grand intérêt.

1540-1

Le roman d’Amis lui est loin, très loin de la plus petite idée de scandale. Certes le roman et la Shoah peuvent faire très mauvais ménage, être soit insupportablement prosaïques ou juste niais, mais ce n’est pas le cas ici. Un roman propre et net, efficace et sans aspérités majeures.

Si on ne retrouve pas la verve et l’ironie très anglaise dans ce roman, on y retrouve la dimension humaniste notamment dans le portrait du sonderkommando,Szmul, « l’homme le plus triste du monde ». Il n’est certes pas exempt d’acidité lorsqu’il écrit l’aréopage de nazis, de leur familles, de leurs us et coutumes et de leur impressionnante médiocrité. Un thème cher à la philosophe Annah Harendt qui dans la Banalité du Mal avait déjà tout dit de cette veulerie propre aux régimes totalitaires.

Ce qui a déplu aux esprits étroits de la maison Gallimard? Peut être la description froide et clinique des marivaudages qui existent même au cœur du système le plus abjects. Partout où il y a des humains, il y a potentiellement des enjeux de séductions et de pouvoir, des petits marivaudages inconséquents qui rendent plus insoutenables encore la folie ambiante. Molière chez les nazis, un peu excessif mais pas totalement inexact dans l’esprit d’Amis. D’ailleurs la fin du roman en atteste brillamment.

Un roman qui est sans doute loin du meilleur de l’écrivain britannique, mais un parti pris humaniste qui finalement dit beaucoup de l’auteur lui-même et de son côté clown triste. Rions mes frères puisque la situation est dramatique.

Autre chronique ici

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