Kamel Daoud – La préface du nègre, le minotaure et autres nouvelles – Babel éditions

http://www.actes-sud.fr/catalogue/pochebabel/la-preface-du-negre

La dernière nouvelle de ce joli recueil raconte une histoire étrangement familière. Celle de notre regard occidental sur ces femmes et hommes qui ont choisi le difficile camp de la liberté. Liberté sociale, familiale et religieuse. Nous les aimons car il nous renvoie une image positive de nous-même, de nos jolies démocraties de l’individu-roi. Ils critiquent la folie et les vieilles lunes des pays arabes plongés dans le fracas de l’Histoire et laissent les occidentaux jouer avec leurs propres démons.

9782330039462

Alors oui, nous les aimons car nous nous faisons croire qu’ils nous ressemblent et que leur simple existence prouve que notre système est le bon, nos valeurs celles de l’Humanité, nos chemins ceux de la sagesse. Mais nous ne sommes pas prêts à faire un geste pour les soutenir réellement. Des mots, rien que des mots, toujours les mêmes mots. Puis ils comprennent qu’ils sont seuls pour affronter les conséquences souvent tragiques de leur courage. Car nous avons des affaires à faire, des avions et des centrales nucléaires à vendre et des minerais à récupérer, nous nous devons d’être responsables envers nos citoyens, les vrais, ceux qui nous ressemblent. Alors ceux que nous aimons tant voir et entendre vanter nos valeurs occidentales en dénonçant les travers des sociétés machistes, peu démocratiques et ultra orthodoxes sur le plan religieux, comprennent qu’ils sont seuls. Seuls face à eux même, seuls face à ceux qui les haïssent pour avoir choisi le camp de l’ennemi, du diable, de l’autre.

Les personnages de ce recueil de nouvelles courent tous contre le poids écrasant de la culture algérienne contemporaine. Les résultats combinés du lourd passé de pays colonisé mal digéré, d’une libération dans le sang et la violence, de la stigmatisation d’une partie des algériens, de la main mise d’une « élite » issu du FLN, désespérément accrochée aux rênes du pouvoir et la chape posée par un pouvoir religieux fanatisé. Une combinaison qui semble rendre l’air tellement irrespirable qu’il faut à toutes forces y échapper. Kamel Daoud questionne encore et encore son identité et sa colère contre une société immobilisée dans un passé imaginaire et un futur fantasmatique, livrant le présent à la violence des uns et des autres.

A l’issue de cette lecture, on est partagé entre la sympathie immédiate pour cet homme si proche de nous et le regret de le voir si mal dans son pays, si blessé par son immobilisme. C’est sans doute là que le situe les limites de l’œuvre de Daoud, sa colère est trop grande pour ne pas être aveugle et à force de ressasser, il finit par écrire toujours la même histoire, celle de sa tragique souffrance d’exilé de cœur et d’âme.

 

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