Cinéma – Madame Bovary – Sophie Barthes

La réalisatrice de « Hopper vu par…. » réalise une interprétation toute personnelle et très séduisante du célébrissime roman de Gustave Flaubert.

Tout le monde connaît la belle Emma, son romantisme exacerbé, son incapacité à être au profit du paraître et du fantasme. Le nom de la belle est même devenu une maladie mentale dûment reconnu. Flaubert était un homme de son temps. Son Emma, manipulée par les hommes, n’en était pas moins une femme et donc un être un peu inférieur et peu aimable, séductrice et trop occupée de ses rêves, incapable de se fondre dans le réel et d’en accepter les rets. Sophie Barthes, en femme de son époque, arrache l’héroine à sa gangue misogyne pour rappeler le destin assez détestable des femmes de la petite bourgeoisie de province. Elle a en commun avec l’auteur français de mélanger la poésie de certains instants à la vulgarité de certaines situations.

On me rétorquera que comparées à la vie des femmes du peuple et du prolétariat urbain, ces petites bourgeoises n’avaient aucune raison de se plaindre et que l’ennui n’est pas mortel. Et bien si, l’ennui peut être mortel! Hier comme aujourd’hui, être une femme peut parfois être mortellement, tragiquement ennuyeux et pousser à des excès que les rationalistes et les pisse froid trouveront ridicules.

ae6752f5f4d6ad85d7cfe7d9a0719359Le film est techniquement très réussi. Une photographie somptueuse avec une Normandie entre lumière magique et sinistre grisaille, bien que la réalisatrice n’ait pas tourné en Normandie. La réalisatrice aime aussi beaucoup le silence et elle a raison, l’absence de bavardages incessant permet d’installer ce sentiment d’ennui profond et d’incapacité à être. Le choix de l’actrice Mia Wasikowska, vu dans le très bon « Crimson Peak » incarne à la perfection le drame d’Emma, son refus de la réalité et son inexorable chute du paradis idéalisé de la petite bourgeoise à la fange des liaisons où elle n’est qu’une oie blanche manipulée.

J’ai toujours eu beaucoup d’affection pour la belle Emma, peut être parce que je me reconnais dans cette fille trop préoccupée par ses rêves pour se plaire dans la triste réalité. C’est mal? Il semblerait oui, mais qu’importe, les rêves même brisés restent infiniment plus doux que le monde tel qu’il va…

Critique sur le site de Télérama

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