Fiona Kidman – Le livre des secrets (trad.Dominique Goy-Blanquet) – Points

1540-1 (1)Une fresque magistrale dans laquelle Fiona Kidman raconte avec un talent de conteuse digne des plus beaux aèdes le destin d’une famille et d’une communauté par le regard des femmes. Au départ est l’Ecosse, celle du XIXè, le moment où des millions de paysans pauvres sont chassés par les lairds qui veulent récupérer les terres pour y faire paître du bétail, plus rentable. La colère sociale s’incarne dans une radicalisation religieuse. Un homme, pêcheur pauvre, se sent pousser les ailes de la révélation et décide de rassembler autour de lui une communauté de gens pauvres et facilement impressionnables. Lui et ses fidèles entrent en dissidence avec l’Eglise écossaise et partent pour la grande aventure outre atlantique, puis plus loin encore vers l’Australie et la Nouvelle Zélande.

Malgré la pression exercée par l’Homme, ancien pêcheur, nouveau prêcheur radical, une femme, Isabella, commence à s’opposer à son pouvoir. Après elle, sa fille n’osera pas résister à la pression masculine et se soumettra sans hésitation au contrôle du groupe, au point de repousser sa propre fille, la petite fille d’Isabella, Maria, nouvelle incarnation de la résistance au pouvoir des hommes et de la religion. Le livre des secrets, c’est le rappel que malgré la terrible charge des pouvoirs religieux et communautaires, certaines femmes ont su trouver dans leurs puissance les souvenirs, les traces des savoirs anciens, du lien viscéral avec la nature.

Autour de ces trois femmes, des hommes, leurs faiblesses et la puissance donnée par la religion et la morale des temps. La confiscation des corps et des esprits et la dissidence comme seul espace de liberté. Quelques femmes tentent parfois de lutter au côté d’Isabella et de Maria, mais sont le plus souvent broyées par le terrible système patriarco-religieux. C’est également une page de l’histoire de l’Ecosse et de l’immigration… pour nous rappeler que les occidentaux ont aussi été des migrants, ont aussi occupés des territoires en se préoccupant fort peu des moeurs locales

Un roman bouleversant qui nous rappelle que la guerre contre les femmes est un sport qui transcende le temps et l’espace. Et que pour s’opposer à cette guerre, il faut être d’une trempe prodigieuse, accepter les doux noms de sorcières ou d’hystériques, se confronter à la violence et à la terreur. Le roman écrit en 1986 par la romancière néo zélandaise, traduit en français en 2014 est d’une terrible actualité et nous permet de mesurer que notre combat féministe n’est pas gagné, loin de là…

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