Sensible Moyen Age – Damien Boquet & Piroska Nagy – Seuil

51WeZLtpkJL._SX317_BO1,204,203,200_Quand on a été médiéviste, on reste médiéviste, attaché à ce champ si riche que nos professeurs savaient (ou pas) rendre proche dans son étrangeté. Et l’on peut affirmer que notre époque furieusement moderne où les sentiments exacerbés sont une marque de fabrique peut être mise en relation avec les débauches émotionnelles de celles et ceux qui nous ont précédés.

Le Moyen Age va connaître une véritable redistribution des cartes du sensible. Relation de pairs, relation au divin, relation hommes-femmes, relation seigneur-vassal, un univers relationnel à la fois très structuré et remarquablement mouvant dont l’Eglise puis la Royauté vont inexorablement reprendre le contrôle.

Contrairement à l’idée que nous avons en sont temps étudiés, suivant les pas du grand Jean Delumeau, la peur n’est peut être pas autant que cela le fondement de l’émotivité médiévale. L’eschatologie cède le pas à l’amitié virile des temps carolingiens, à l’amour courtois, véritable ménage à trois entre la femme, le chevalier et le seigneur, à une mystique fusionnelle avec le christ souffrant notamment chez les femmes. Puis la guerre aidant, les émotions se reformatent autour de groupes en guerre: cabochiens contre orléans, anglais contre français, guelfes contre gibelins, impériaux contre Eglise de Rome.

Le travail de Boquet et Nagy est passionnant car il est le premier à faire une synthèse de cette diversité et de son évolution rapide finalement en faveur d’une centralisation et d’un contrôle des sentiments des uns et des autres. De tout temps, ce contrôle est allé avec le renforcement des pouvoirs centraux. Il faut contrôler la sensibilité, la canaliser pour la rendre utile et utilisable. On le voit de manière assez extraordinaire avec l’Etat Islamique: comment un pouvoir central, le « Califat » utilise l’extrême sensibilité d’hommes et de femmes soumis à la barbarie du régime syrien, de jeunes en perte de repère et auquel l’EI rend une occasion d’utiliser la force de le ressentiment. Certains trouveront que ma comparaison est erronée, mais c’est ainsi que je vois la formidable actualité de l’essai des deux historiens médiévistes.

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