Verbatim – Maria Deraismes

Un extrait du discours inaugural prononcé par Maria Deraisme lors de son initiation maçonnique. Un texte qui résonne singulièrement juste 135 ans après.

106837440« Toute loi qui, à priori, gêne l’essor des individus en les frappant arbitrairement d’incapacité est non seulement anormale parce qu’elle contrarie le plan de la nature, mais, de plus, elle est immorale, parce qu’elle provoque chez ceux qu’elle spolie le désir de sortir de la légalité pour chercher ailleurs des avantages que celle-ci leur refuse.

[…] la femme est une force. Toute force naturelle ne se réduit ni ne se détruit. On peut la détourner, la pervertir, mais comprimée sur un point, elle se reporte vers l’autre avec plus d’intensité et plus de violence.

Que deviennent donc ces forces sans emploi, ces facultés expansive, cette activité cérébrale?

Faute d’issue, elle s’exaspère, se décompose, c’est un trop-plein qui déborde?

Deux voix s’offrent à elles; ce sont deux extrêmes, deux pôles. Le fanatisme ou la licence. Autrement dit, l’Eglise ou la prostitution. Je prends ce dernier mot das son sens le plus large et le plus compréhensif. Je ne désigne pas seulement, ici, cette fraction qui tombe sous les règlements de police, mais cette légion innombrable qui, méthodiquement et d’une façon occulte et latente, trafique d’elle-même à tous les étages de la société, et surtout au plus haut, et d’où elle exerce ses ravages dans tous les départements du système social.

Mysticisme et débauche quoique dissemblables se touchent par plus d’un point.

Des deux côtés, rejet de la raison, excès, effervescences malsaines d’une imagination déséquilibrée.

La dévotion enténèbre l’esprit, la débauche le déprave; l’un abêtit, l’autre abrutit. Elle peuvent donc se donner la main. 

Je sais qu’entre ces deux manifestations d’un désordre mental, on fait valoir l’action salutaire et bienfaisante de la femme vertueuse. Mais nous l’avons dit, dans la vie domestique la vertu de la femme porte l’empreinte de la subordination […] Dans ces conditions d’infériorité, elle ne peut avoir une conception bien nette, et la preuve, c’est qu’elle admet une morale pour ses filles et une autre pour ses garçons. » (Eve dans l’Humanité – 1891)

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