Terre d’ébène – Albert Londres- Seuil

51STHDXMJFL._SX195_« En 1927, Albert Londres embarque pour un périple de quatre mois dans les colonies françaises d’Afrique. Il a déjà écrit quelques articles sur les  » petits Blancs  » de Dakar, mais s’engage cette fois dans une enquête d’envergure sur les pratiques des colons usagers du  » moteur à banane « . Il en rapporte un récit virulent, caustique, dont le lecteur sort tour a tour réjoui et atterré, dénonçant les milliers de morts survenue au nom de l’exploitation des forts et de la mise en valeur du territoire. Par la violence de ses dénonciations, Terre d’ébène suscitera furieuses polémiques et démentis violents.  » Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie  » écrit Albert Londres. »

Nul doute que ce reportage est un modèle du genre. Le cynisme de grand Albert Londres pour moquer l’ignominie du colon, cède devant la détresse, la colère aussi que lui inspire le destin des métis ou celui des coupeurs d’arbres. Il montre bien sûr l’absurdité du système colonial, fait de mensonges et de manipulations où seuls les bourreaux et les maquereaux s’enrichissent, tandis que les populations civiles souffrent de tout ce que le racisme peut dérégler dans l’esprit humain, celui du colon et celui de l’esclave réduit à un ventre terrifié. L’Afrique a été décimée par l’esclavage et une fois l’esclavage officiellement aboli, l’appétit féroce et débridé de la métropole, des administratifs imbéciles, des capitaines d’industries sans conscience et des coupe-jarrets venus s’enrichir à tous prix a achevé de lui ôter tout espoir de progrès réel. Triste constat qui ne laisse pas le moindre doute quant à la « portée civilisatrice » de l’homme blanc…. Oui la charge de Londres pourrait être faite contre les anglais, les allemands, les italiens ou les portugais, mais voilà, l’empire français était large en Afrique et les prétentions « humanistes » de la métropole ne pouvait qu’être mises en face de la terrible et insupportable réalité.

En dehors de du fond, il faut saluer la forme, le style, la créativité d’Albert Londres. Tous les sentiments de l’auteur se révèlent sous sa plume, sa profonde colère devant l’iniquité dont sont victimes les populations africaines n’est pas jetée sur le papier, elle est pensée, réfléchie et devient la plus tranchante des armes contre la vilenie coloniale. Il dépeint les lieux et les caractères avec finesse et la moquerie qui transparaît ici ou là  n’est jamais vaine, il s’agit d’épaissir le trait pour que personne ne puisse fermer les yeux sur ce qui se passe vraiment dans les colonies françaises d’Afrique.

Une oeuvre qui semble dater dans un premier temps car nous voudrions tous croire que ces temps appartiennent à un passé révolu, mais il semblerait que l’appétit dévorant pour les richesses au cœur de la terre africaine et ailleurs semble toujours le ferment de toutes les abominations commises au nom d’une soi-disant « croissance »…

Sur le site d’Afrik.com

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