Edgar Hilsenrath – Le conte de la pensée dernière (trad. Bernard Kreiss) – Livre de Poche

9782253001911Il y a des lectures qui vous mettent de bonne humeur, malgré le froid, le nez qui coule, les nouvelles alarmantes sur tous les fronts, le prélèvement des impôts à la source dans retouche des multiples petites niches fiscales, le terrorisme et ses petits monstres de foire, le sexisme quotidien qui se glisse dans les prétoires, le tragique néant du sport pompe à fric et à triche, et les multiples reculades devant tous les lobbys possibles et imaginables, sauf celui, tout petit, tout gentil de l’intelligence et du respect de notre environnement, corps, esprit et planète…. Bref, il y a des écrivains qui agissent comme de véritables gardiens de l’esprit frais et ouvert. Et oui, chers amis, en vérité je vous le dis, Edgar Hilsenrath est de ces écrivains rares. Cet écrivain juif allemand survivant de la furia nazie réfugié en Palestine puis aux Etats Unis avant de revenir sur sa terre natale dans les années 70.

Edgar Hilsenrath commence son oeuvre dans les années 50 aux Etats Unis, une oeuvre marquée par la Shoah bien sûr, mais marquée surtout par un humour dévastateur, une fronde de l’esprit contre les discours ambiant, contre la bienséance et les pleurs convenus. Cet humour, ce sens de l’absurde, de la tragique comédie humaine en fait l’ennemi absolu des pisse froids et des esprits étroits et terrassés par les convenances. Comme Desproges, comme Coluche, il frappe là où ça fait mal, montre la cruauté des temps et des hommes, sans jamais se mettre en dessus de la mêlée. Il se coltine dans son oeuvre à la vilenie humaine, la déplumant de ces ombres terrifiantes pour la ramener à hauteur, à bassesse de petit humain sordidement commun.

Après la Shoah et avant la grande fumisterie soviétique, c’est le tour de l’autre holocauste du XXè siècle de tomber sous la plume du l’écrivain allemand. Le conte de la pensée dernière est le récit absurde et cruel de l’extermination des arméniens par les turques au début de la première guerre mondiale. L’humour est partout dans ce livre, pas pour minimiser ou cacher l’horreur des crimes commis par les turcs et les kurdes contre des civils, mais bien pour montrer l’insondable capacité de l’homme a être pire encore qu’on ne l’imagine parfois. Et pour cela, l’humour est une arme absolue de mise en abîme de la lâcheté et de la cruauté. Hilsenrath n’hésite pas non plus à montrer la violence des rapports entre hommes et femmes dans ces temps lointain où la femme n’est qu’un ventre, une servante, une faire-valoir qu’on prend et qu’on jette à l’envie. Il n’épargne rien ni personne, peint une fresque « boshesque » où le rire tonitruant d’un fou semble accompagner ce jeu de marionnettes monstrueuses. Il y a du génie dans l’humour, le vrai, pas le ricanement stériles de quelques amuseurs publics pour communautarismes hystériques, et ce génie est celui du dévoilement. Hilsenrath arrache le voile de bonne conscience pour nous remettre bien en face le miroir de nos propres laideurs…. dieu sait qu’il écrirait une formidable fresque de nos attitudes face à la tragédie des migrants, ces nouvelles victimes expiatoires de nos petits jeux de dupes….

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