Yitskhok Rudashevski – Entre les murs du ghetto de Wilno 1041-1943 (trad. Batia Baum) – L »Antilope

xRuda_COUV.jpg.pagespeed.ic.LtO9sEWHEMLire ces petits morceaux de vie pris dans la tourmente nazie est à la fois une déchirure car on sait l’issue fatale, la solitude face à la mort atroce à venir, et un exercice d’admiration et de libération en découvrant que même confronté à la pire tragédie humaine, à la destruction totale d’une communauté, il y a toujours des êtres capables de garder en mémoire l’importance du témoignage. Ecrire pour vivre le moment, écrire pour laisser la trace indélébile des vies happées par la longue nuit de la mémoire.

Le jeune Yitskhok est un témoin magnifique. Fils de son temps, jeune communiste, attendant le grand soir et le changement du monde au profit du prolétariat, il est aussi un jeune homme cultivé et aimant passionnément apprendre et découvrir. Son regard est tour à tour enfantin et terriblement dur sur ce qui se déroule dans le ghetto. Ainsi certains passages sur la police juive du ghetto rappelleront les propos de la philosophe Hannah Arendt sur la complicité des autorités juives mises en place par les nazis. On pourra toujours dire que tout cela est une manière de salir la mémoire des morts, mais c’est oublier que dans toute collectivité humaine, il y a des salauds, des profiteurs qui pensent se sauver en condamnant les autres.

Les passages les plus poignants pour moi sont ceux où il parle de l’école, de ses professeurs, ceux qui meurent, ceux qui continuent le combat. Dans cet univers entièrement livré à la peur, à l’oppression, à l’extrême dénuement, on ne s’en remet pas à dieu, mais au savoir…. à méditer en ces temps de retour du bigot hystérique. Il y a aussi ce jour de neige où chacun se réjouit de la beauté qui, un instant, recouvre le champ de ruines du ghetto, pureté d’un instant avant le retour de l’horreur quotidienne. « A la lueur de la lune, on voit tomber du ciel des diamants »

Ces témoignages sont nécessaires, car ils disent derrière la terreur, derrière la faim, le froid, l’humiliation, la torture de savoir que la mort est prête à s’abattre à chaque instant, il y a la formidable résilience de l’esprit humain, cette capacité à s’arracher à la boue, aux larmes, au désespoir pour prendre la plume chaque jour, porter témoignage, rappeler les noms, les métiers, les anecdotes, la vie de celles et ceux que les nazis ont tenté d’annihiler dans leurs mémoire même, comme le rappelle Gilles Rozier dans son introduction. Et puis, dans l’ambiance des temps, où les mémoires de chacun se brisent l’une contre l’autre, s’affrontent dans une lutte mémorielle sans merci, sans humanité, sans conscience, sans nuance, donner à lire le témoignage d’un adolescent rappelle à chacun que la vie humaine, quand elle est prise dans les rets d’un régime barbare où l’arbitraire et la mort sont les seules bornes, n’a ni couleur, ni religion, juste le désir de durer encore, de profiter d’un soleil doux en plein hiver, d’un jour de neige légère, d’un éclat de rire, de la caresse d’un être cher. Ces témoignages nous rappellent à notre devoir d’humanité, nous rappellent à la fraternité et à l’unicité de la vie humaine…..

Sur le site de l’éditeur

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