T.C. Boyle – Les vrais durs (trad.Bernard Turle) – Grasset

9782246855194-001-X_0Pour connaître l’âme d’un pays, ses multiples nuances et petits arrangements avec la Morale, il faut lire les romans. Ils sont le plus terrifiant et le parlant des miroirs tendus à une société. Au siècle dernier, Norman Mailer, grand écrivain de la psyché tordue d’une Amérique enfin rendue à ses fantômes, nous offrait le terrifiant Les vrais durs ne dansent pas dans lequel il regardait la libération sexuelle d’une nation passée sans transition du puritanisme le plus crasseux à l’expérimentation dans tous ses états. C’est à ce roman que j’ai pensé en lisant le dernier roman de l’américain Tom Coraghessan Boyle. Regarder dans les yeux une Amérique malade de ses enfants, malade de son délitement politique, malade de ses rêves à jamais enfouis sous des tombereaux de consumérisme hystérique, malade d’une haine inextinguible envers les pauvres, les déclassés, les outcast. Et comme après la lecture de Norman Mailer, on sort cabossé de cette lecture et peu confiant dans un avenir radieux où la démocratie américaine serait enfin adulte et responsable.

Tout commence sous le soleil radieux de l’Amérique centrale, dans une de ces monstrueuses croisières où l’important est de rester entre soi tout en se donnant l’illusion de l’ouverture au monde. On goûte les spécialités locales mais en priant pour que les verres aient été lavés à l’eau javélisée et que la nourriture ait été préparée par des autochtones dressés aux règles du savoir manger nord-américain. On regarde le monde de haut dans ces croisières, surtout les petits, les pauvres, les crasseux, ces étrangers qui ont l’audace de vaguement baragouiner la lingua americana. Sten et Carolee sont de ce voyage. Bien sûr c’est Carolee qui a voulu découvrir le monde, parce que Sten serait bien resté tranquillement à siffler sa énième bière devant le match de foot.  Alors quand le groupe est attaqué par quelques sauvageons locaux, Sten n’a pas d’autre choix que de faire ce qu’on attend d’un états unien, il tue l’un des agresseurs, petit gredin sans envergure attirée par les quelques breloques de l’envahisseur yankee.

Rentrés au pays, Sten et Carolee retrouve enfin leur petit train-train quotidien. Mais la réalité de la violence va les rattraper bien vite. Car le couple a un fils, schizophrène non soigné, qui va plonger le gentil petit couple et leurs amis dans un abîme de folie.

Ce qui est fascinant dans ce roman, c’est la confrontation entre la « normalité » américaine, le gentil petit couple qui compte des tas d’amis, dont on découvre qu’ils n’ont été capable de procréer qu’un déchet de la violence américaine, un être sans repère, sans force, sans réalité. Une ombre projetée dans un passé fantasmé de la grandeur des aventuriers ouvrant les routes, exterminant tout sur leur passage pour quelques peaux de castor et un nouveau territoire à découvrir. Face à ce petit bonhomme armé de sa formidable violence et des si chères armes à feu, Sara, quadra en sécession avec la puissance étatique, pourfendeuse de la fédération, arc-boutée sur une vision tout aussi fantasmagorique de l’âge d’or où les premiers colons faisaient leur vie, loin de Washington et de son super-pouvoir. T.C. Boyle montre avec terrible efficacité l’effritement moral d’une nation qui n’a d’autre vision que plus d’argent, plus de pouvoir, plus d’argent, plus d’argent, plus d’argent. Ceux qui sont hors de ce système sont marginalisés, mais ces marginaux ont fini par attaqué tout le joli système du capitalisme triomphant et le ver est désormais dans la pomme….

Brillant et sans concession.

Sur le site de l’éditeur

 

 

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