Joyce Carol Oates – Daddy Love (trad.Claude Seban) – Philippe Rey éditions

livre_moyen_305Impossible, proprement impossible de lâcher ce terrible roman de l’une des grandes dames des Lettres contemporaines. Malgré une attaque un peu déstabilisante avec cette répétition du premier chapitre en modifiant quelques détails et quelques points de vue et mener inexorablement le lecteur vers le début de l’horreur, le roman est monstrueusement addictif. Comme la mère de ce pauvre gosse, on s’accroche aux pages comme elle s’accrochait aux petits doigts de l’enfant. Sans concession mais également sans outrance, l’auteure nous place une fois encore dans cet entre deux inconfortable de savoir ce qui se passe assez précisément tout en devant accepter les non-dits et les sous entendus. Les images se créent malgré nous et on ressent avec acuité la terrible solitude et la destruction irréversible de la personnalité de l’enfant.

Aborder le sujet de la pédophilie relève de la fascination pour l’ultime monstruosité. On peut parler aisément de viols, de guerre, de massacres, de la Shoah, on parlera du massacre des Yezidis, des crimes de Daesh, de ceux des armées en Afrique, mais la pédophilie reste ce crime impensé, ce cauchemar absolu pour tout parent, cette faute de la nature impossible à comprendre ou à pardonner… sauf dans l’Eglise catholique semble-t’il.

Il faut un sang froid redoutable, une plume à la fois froide et précise pour raconter la mort brutale d’une enfance, la destruction de toutes règles, de toutes normes, la souffrance terrible de l’être qui se trouve soumis à un prédateur sexuel à un âge où il ne devrait y avoir que des jeux et des gestes tendres et aimant. Il faut également une force froide pour décrire sans caricature le portrait robot d’un de ces terrifiants prédateurs sexuels. Joyce Carol Oates ne cherche ni à expliquer, ni à comprendre, elle décrit. Elle écrit un moment de la vie de deux êtres que rien n’aurait dû rapprocher. C’est d’une impressionnante maîtrise, c’est d’une violence inouïe pour le lecteur.

Ne cherchez pas la moindre complaisance, l’écrivaine américaine, rompue dans l’analyse au scalpel de l’âme monstre états unienne, n’en a aucune. Ne cherchez pas le pathos, c’est trop maîtrisé pour permettre au lecteur de s’identifier. Ne cherchez que le talent d’une analyste, d’une écrivaine parfaite.

Magistral et glaçant

Sur le site de l’éditeur

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s