Café Society – Woody Allen

Un film léger, élégant, raffiné, une bluette qui se regarde avec plaisir, bercé par ce merveilleux jazz des années 20-30, quand tout semblait possible, tout était sans importance. L’amour est un rêve qu’il faut savoir déguster avec art et abandonner quelque part dans un recoin secret de son esprit.

On sent la mélancolie profonde de Woody Allen dans ce film, sa certitude de l’impermanence des choses et de la nécessaire « déshadérence » au monde pour s’arracher à la fange du réel. Curieux de voir ce film à la lumière de la prose de François Jullien.

Je reste pourtant sceptique sur le choix des acteurs. Ils sont à la fois parfaits et tristement mauvais. Parfaits car leurs silhouettes épousent comme un gant le temps du film. Mauvais car ils sont mauvais, fades, artificiels.

Qu’importe, j’ai adoré la bande son, les images toujours léchées et ce moment de disparition au fond d’une salle obscure. Merci Woody.

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Le fils de Joseph – Eugène Greengnè

Un film formidable, délicieusement désuet dans sa langue, d’une beauté plastique à tomber avec une photographie totalement maîtrisée, des jeux de lumières, évoquant les grands peintres baroques et une critique acerbe du milieu littéraire qui fera rire les amateurs du genre.

Cinq chapitres, cinq épisodes bibliques pour raconter la construction d’un jeune homme, enfant perdu sans père, découvrant la réalité du monde et choisissant par le biais d’une rencontre miraculeuse la voix de la bienveillance et de l’amour.

Dans un premier temps, il faut le reconnaître, la préciosité du langage, avec ses liaisons partout, tout le temps, choque un peu l’oreille moderne, et puis assez vite, on comprend le parti pris, et il s’inscrit parfaitement dans l’esthétique et le rythme du film. On dépasse l’artificialité du procédé pour être séduit par la délicatesse de l’histoire.

L’humour n’est jamais loin dans cet apprentissage notamment dans le traitement du petit monde littéraire. Eugène Green s’amuse avec les noms pour dénoncer avec une douce cruauté l’insipide petit monde germanocrétin, pardon germanopratin.

Beau, élégant, éloquent.

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Dégradé – Arab et Tarzan Nasser

Et bien, et bien cette semaine aura été riche en pépites cinématographiques. Après le formidable La Saison des Femmes, le très rafraîchissant Dalton Trumbo, voici une virée à Gaza, dans un salon de coiffure tenu par la délicieuse Christine. Ce jour-là, une future mariée fort triste, sa future belle-mère peu amène, une quadra sans espoir, une bigote, une divorcée et une droguée, entre autres représentantes de la société civile. Car à Gaza comme partout dans le monde, le salon de coiffure est le lieu où se confronte toute une humanité féminine, diverse, merveilleusement diverse.

Et cette humanité de femmes, prise au piège de la cité palestinienne entre les murs de l’occupant et les oeillères du Hamas, se déchire autour des sujets qui déchirent toutes les autres sociétés humaines: la vie, la mort, l’amour, la trahison, les brimades, les ordres, les soumissions et autres petites trahisons du soi. Face à ces femmes magnifiques, il y a les hommes, les petits hommes: mafieux ridicules avec leur symbole machiste ridicule en laisse, les bigots du Hamas et leurs règles misérables et de loin en loin les soldats israéliens, pas plus fins que les autres dans leurs certitudes et leurs peurs hystériques.

Ce film magnifique du délicieusement décalé duo Nasser nous rappelle que Gaza n’est pas juste un sujet dramatique de plus à cocher lors des journaux de 20h ou des reportages tragiques. C’est un ensemble d’êtres humains vivant le quotidien d’une cité en guerre contre un occupant et contre elle-même. Une ville où les femmes n’en peuvent plus de la haine et de la violence ambiante et tentent d’y échapper comme elles peuvent…sans succès.

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Dalton Trumbo – Jay Roach

 

Cela faisait longtemps qu’Hollywood ne nous avait pas fait bouger les méninges. Ce rôle est dévolu désormais aux séries produites par les chaines câblées. Alors, on ne boude pas son plaisir et on se laisse séduire par cet Hollywood frondeur qui résista avec panache et malgré la terreur créée par la Commission des activités anti-américaines, aux pressions financières et idéologiques de l’Amérique de la guerre froide.

Et ne pensez pas que ce film nous parle d’un temps très lointain que les moins de vingt ans etc…., ce film nous rappelle que lorsqu’on nous enjoint à nous unir dans une guerre fumeuse contre un ennemi tout aussi fumeux, lorsqu’on rogne les libertés individuelles, qu’on nous explique que c’est pour notre bien, et que toutes pensées n’est pas bonnes à dire parce qu’elles font le jeu de l’ennemi fumeux qu’on a plus que vaguement défini dans le paragraphe précédent, alors il est temps d’entrer en dissidence. Surtout quand cette dissidence s’incarne avec humour et légèreté. Car, aujourd’hui comme hier, nous devons nous souvenir que l’humour est la politesse des princes, la seule chose qui fait vraiment de nous des êtres libres….

Brillant et nécessaire en ces temps de guerre contre le terrorisme, concept vague à souhait pour nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

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La saison des femmes – Leena Yadav

Je ne vais pas faire de longs discours sur ce film. Juste allez y, courez y, ne le ratez sous aucun prétexte. Plongez vous dans ce moment de pure, d’absolue grâce. Cet hymne aux femmes dans leur fabuleuse diversité dans une société gangrenée par le patriarcat, fondamentalement haineuse du pouvoir du féminin est un des plus beaux, des plus grands moments de cinéma offerts à ce jour…..Un chef d’oeuvre.

Interview de la formidable réalisatrice sur le site de Télérama

 

Mekong stories – Phang Dang Di

Comment affronter un pays en pleine mutation lorsqu’on est soit même en pleine transformation morale, physique et spirituelle? Un regard décentré sur la jeunesse qui nous rappelle, s’il le fallait, que partout et toujours, grandir passe par des renoncements, des éclats de rire et de petites grandes tragédies. Un regard tout en poésie sur la société vietnamienne, sa jeunesse, ses rêves et la rupture générationnelle. Un moment de grâce dans ce voyage le long d’un fleuve mythique et lié à la terre dans toute son intensité. Les corps bougent comme l’eau fangeuse qui agite les mangroves.

Du très beau cinéma.

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