Bon weekend ūüėä

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Edgar Hilsenrath – Le retour au pays de Jossel Wassermann- Le Tripode

HilsenrathJ’adore cet √©crivain, sans doute l’un des plus talentueux de cette g√©n√©ration √©chapp√©e aux t√©n√®bres pos√©es sur l’Europe par le r√©gime nazi. Il a su s’affranchir des codes de la d√©solation pour rendre √† l’humour juif, √† la culture juive le contr√īle sur l’imaginaire terrifiant de la Shoah. Dans ce dernier opus, l’√©crivain aborde le destin du shtetl, ce village juif de l’Est europ√©en, ce morceau d’Histoire d’un peuple disparu du temps r√©el, mais pr√©sent dans la m√©moire universelle.

Ce roman est √† la fois doux, amer, caustique, parfois cruel surtout envers les femmes ;). Ce voyage en nostalgie d’un monde d’hier √† jamais disparu est fascinant parce qu’il est vivant. Hilsenrath a un donc rare pour faire de chacun de ses personnages un voisin de pallier, un ami ou une connaissance que nous aurions pu croiser ici ou l√†. L’√©poque n’est plus, mais ces histoires d’une petite humanit√© aux prises avec le quotidien √† la fois trivial et passionnant.

Bien s√Ľr, on sait que cette m√©moire a pris la cl√© des champs et il y a un moment tr√®s √©mouvant quand cette m√©moire qui quitte le toit du wagon o√Ļ se meurent des centaines de juifs arrach√©s de leur shtetl pour gagner l’un des nombreux camps d’extermination, pour tenter de parler au crucifi√© situ√© au dessus du village, suppos√© prot√©ger les juifs, et ne trouvant d’√©cho aimable qu’aupr√®s d’un vieil √©pouvantail √† nez de carotte.

Le rire est la politesse du désespoir, Hilsenrath est une mémoire à chérir.

Sur le site de l’√©diteur

D√©grad√© – Arab et Tarzan Nasser

Et bien, et bien cette semaine aura √©t√© riche en p√©pites cin√©matographiques. Apr√®s le formidable La Saison des Femmes, le tr√®s rafra√ģchissant Dalton Trumbo, voici une vir√©e √† Gaza, dans un salon de coiffure tenu par la d√©licieuse Christine. Ce jour-l√†, une future mari√©e fort triste, sa future belle-m√®re peu am√®ne, une quadra sans espoir, une bigote, une divorc√©e et une drogu√©e, entre autres repr√©sentantes de la soci√©t√© civile. Car √† Gaza comme partout dans le monde, le salon de coiffure est le lieu o√Ļ se confronte toute une humanit√© f√©minine, diverse, merveilleusement diverse.

Et cette humanit√© de femmes, prise au pi√®ge de la cit√© palestinienne entre les murs de l’occupant et les oeill√®res du Hamas, se d√©chire autour des sujets qui d√©chirent toutes les autres soci√©t√©s humaines: la vie, la mort, l’amour, la trahison, les brimades, les ordres, les soumissions et autres petites trahisons du soi. Face √† ces femmes magnifiques, il y a les hommes, les petits hommes: mafieux ridicules avec leur symbole machiste ridicule en laisse, les bigots du Hamas et leurs r√®gles mis√©rables et de loin en loin les soldats isra√©liens, pas plus fins que les autres dans leurs certitudes et leurs peurs hyst√©riques.

Ce film magnifique du d√©licieusement d√©cal√© duo Nasser nous rappelle que Gaza¬†n’est pas juste un sujet dramatique de plus √† cocher lors des journaux de 20h ou des reportages tragiques. C’est un ensemble d’√™tres humains vivant le quotidien d’une cit√© en guerre contre un occupant et contre elle-m√™me. Une ville o√Ļ les femmes n’en peuvent plus de la haine et de la violence ambiante et tentent d’y √©chapper comme elles peuvent…sans succ√®s.

Sur le site de Télérama

 

Elodie Lecuppre-Desjardin – Le royaume inachev√© des ducs de Bourgogne – Belin

Lecuppre2016Un essai tr√®s √©clairant et tr√®s complet sur le duch√© de Bourgogne qui de Philippe le Hardi √† Charles le T√©m√©raire, fut tour √† tour l’alli√© du pouvoir royal et son ennemi le plus farouche. Une vaste mosa√Įque de territoires √©tendues de le Frise au M√Ęconnais, unissant des populations diverses dans leurs traditions et leurs langages, sous l’autorit√© plus ou moins bien support√©e d’une branche de la maison de Valois. Les quatre ducs qui se succ√®dent sur plus d’un si√®cle sauront mener une politique d’alliances, de mariages et de lignages particuli√®rement brillante dans un espace en pleine guerre civile. Malgr√© tout, ces hommes appartiennent √† leur √©poque et ne parviendront donc pas √† poser les bases d’un Etat, question qui d’ailleurs n‚Äôint√©ressera vraiment que le dernier duc de Bourgogne Charles le T√©m√©raire qui √©chouera lamentablement et verra sa fille cadette d√©pouill√©e de son h√©ritage au profit de l' »universelle aragne », Louis XI, pr√©curseur de la volont√© unificatrice et centralisatrice du futur royaume de France.

Elodie Lecuppre-Desjardin analyse avec art et beaucoup de t√©moignages et chartes du temps, la r√©alit√© de ce grand duch√©, ses contradictions, ses forces, ses faiblesses, le d√©sir des populations unies par le voeu des princes, l’√©mergence politique et militaire des pouvoirs bourgeois, v√©ritables oppositions aux pouvoirs f√©odaux, alli√©s d’un moment, ennemis le jour suivant, en fonction de leurs seuls int√©r√™ts √©conomiques.

Ce que nous rappelle l’historienne, et qui est salutaire dans ces heures sombres de nationalismes √† courte vue, c’est que l’Histoire n’est jamais la bonne amie de la propagande d’o√Ļ qu’elle vienne. L’Histoire appartient √† son temps, ni plus ni moins, elle n’a aucune incarnation l√©gitime dans le pr√©sent. Il faut rendre √† C√©sar ce qui appartient √† C√©sar et laisser l’Histoire aux historiens.

Dans la Marche de l’Histoire