Paul Veyne – Palmyre l’irremplaçable trésor – Albin Michel

Un texte peut il remplacer des œuvres détruites? Des mots peuvent ils reposer les pierres une après l’autre pour raconter l’histoire de mondes perdus? C’est la question qu’on se pose à la lecture de ce court texte de Paul Veyne.

9782226315113mLe témoignage de l’historien, spécialiste de l’antiquité et que tous les amateurs prennent un plaisir infini à lire, est déchirant, mais semble tellement illusoire. Les photos racontent la tragédie de ce qui est perdu à tous jamais.

Je n’ai pas eu la chance de visiter Palmyre, je n’en connais que les histoires apprises à l’université, je peux imaginer, aidées par les photos, la splendeur du site, mais je crains que mon fils, et ses descendants potentiels n’oublient la beauté de ces lieux, comme nous avons oublié la beauté d’autres merveilles détruites avant notre naissance.

Je lis avec émotion cette promenade nostalgique dans la Palmyre antique, je suis la belle Zénobie et les pas de marchands, je sens même la chaleur brulante de vents venus du désert, parce que j’ai eu la chance de le sentir ailleurs. Je comprends la douleur de Paul Veyne, sa stupeur devant un acte aussi imbécile et surtout sa peine devant la mort terrible Khaled al-Assad, archéologue et directeur du site de Palmyre, mais tout cela ne disparaîtra t’il pas dans le flot intarissable de nouvelles plus horribles, plus tragiques, plus absurdes les unes que les autres.

Je remercie Paul Veyne de ce témoignage, mais je ressens une insondable tristesse devant cette tentative désespérée de croire qu’on peut lutter contre les outrages de la guerre. Et Palmyre n’était elle pas déjà morte depuis que les régimes totalitaires avaient transformés la cité en lieu d’emprisonnement arbitraire et de torture?

Sur le site de l’Express

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Lucien Jerphagnon – à l’école des anciens – Perrin

1507-0En lisant les lettres écrites à un ami historien sises à la fin de l’ouvrage on ne peut que regretter de ne pas avoir été des amis du gallo-romain contemporain Lucien. De l’intelligence lumineuse, de l’humour dévastateur ou délicat, du goût pour la recherche et le doute et un amour lumineux et profond pour ses chers philosophes et penseurs antiques, autant de douces qualités dont quelques unes seulement vous rendrait l’homme précieux entre tous.

Malheureusement le temps étant cruellement déloyal, Lucien Jerphagnon s’en est allé rejoindre les grandes nuées, nous laissant ses livres pour voyager à ses côtés dans un monde disparu et lointain qu’il sut avec art nous rendre la modernité et la passion. Avec le joyeux historien et philosophe, on sait « qu’on bafouille, qu’on ne sait pas, mais que va venir le moment où on saura qu’on va avoir su » et cette pensée remise chaque jour sur la table du petit déjeuner permet d’aborder le monde avec cette lumineuse curiosité.

Lucien Jerphagnon, comme le remarque très bien Christiane Rancé dans sa préface, agit comme un véritable enquêteur. Humain et disponible, il furète dans les mondes passés et cherchent les vérités cachées pour grâce à la lumière enfin justement dirigée, les rendre à notre quotidien et nous permettre de regarder ces pensées lointaines d’un peu plus près. Prosaïque toujours, il sait que pour rendre à ces chers Plotin, Porphyre ou Saint Augustin la force et la pertinence de leurs pensées, il est nécessaire de les nettoyer des couches d’interprétation que les siècles ont parfois figé comme autant de vernis noircis par le temps.

Dans ce dernier recueil, avant de nous laisser voir un peu de son intimité dans les lettres à son ami historien, il nous raconte ses philosophes, les disciples, les écoles de pensées, les chemins parfois tortueux qui mène à une pensée complexe et pourtant lumineuse pour des générations de lecteurs. Jerphagnon est un guide délicieux dans ce voyage en intelligence des temps passés. Il regarde ce qu’on croit savoir, nous permet de découvrir qu’on ne sait souvent que des choses superficielles et maintes fois reconstruites, et enfin nous accompagne sur le chemin des pensées enfin libérées. C’est avec Plotin, Platon et Saint Augustin que le voyage revèle tous ces lieux ignorés ou oubliés où les penseurs antiques ont su laisser de petits cailloux pour nous faire chuter de nos certitudes.

Magique et enthousiasmant, comme toujours.

Lucien Jerphagnon – Les miscellanées d’un Gallo-Romain – Tempus

9782262041410Ce qui est beau avec la passion c’est qu’elle peut s’incarner dans une intelligence lumineuse et devenir une source vive de connaissances, une succession de petits moments de pure grâce (vraie celle-là, pas markétée par une politicarde verreuse) et le lecteur devient alors le témoin de l’expression de l’intelligence et du savoir. Et en ces périodes de disette intellectuelle et de d’indigence éthique, se plonger dans le travail du spécialiste de l’Antiquité Lucien Jerphagnon représente une respiration salutaire.

Ces miscellanées rassemble l’arsenal critique publié par l’auteur. Ces critiques permettent de se rendre compte de la formidable richesse des recherches sur l’Antiquité et donne envie d’aller découvrir les essais chroniqués pour y retrouver l’enthousiasme que partage avec nous le professeur Jerphagnon.

Dans ces courts textes, l’auteur nous laisse entrevoir les multiples facettes d’une recherche qui de la Grèce aux prémices du christianisme, en passant par les bases de l’Empire romain, semble en perpétuelle ébullition. On trouve également quelques incursions dans l’époque contemporaine, mais c’est vraiment dans l’Antiquité que le voyage se déroule.

Quand la critique s’incarne dans des textes aussi subtils et passionnés, on se trouve en présence de l’essence même du travail critique.