Steve Jobs – Danny Boyle

Le réalisateur britannique s’attaque au biopic, genre très en vogue et comme il aime la difficulté il a choisi le biopic du mec le plus inepte dans sa catégorie. Genre il aurait fait celle du leader Massimo ou de Kim Jong-Un cela n’aurait pas été plus difficile. Le choix de mise en scène est plutôt pas mal. Trois temps, un côté presque théatral, les mêmes personnages à différents moments importants pour le patron de la marque à la pomme. Le tout tenu par des acteurs superbement dirigés et une performance hallucinante de Michael Fassbender.

Quand on est comme moi, peu au fait de cette secte très, très étrange des amateurs de Mac, IMac, Iphone et autre I, I, I, le constat est amer. Comment un vague gourou pas très honnête joue avec le système pour briser ses adversaires et imposer des appareils qui ne servent pas à grand chose sinon à s’autoriser à penser qu’on est tellement plus cool que les autres. Je vois dans cette mise en scène égotique, le problème posé par ces technologies de la communications qui ne permettent finalement qu’une phénoménale et mondiale régression au stade anal et hochet. L’égotisme de Jobs est à la hauteur de notre propre égotisme généralisé.

On sent pourtant les tentatives désespérés de Boyle pour tenter de créer un peu d’empathie envers le leader « Macimo », une explication par l’enfance, l’abandon, une démonstration que malgré tout il ne fut pas qu’un enfoiré, mais cela tombe sérieusement à plat. Il faut abandonner le soldat Jobs mon général.

Mention particulière à la superbe Kate Winslett qui campe un Joanna Hoffman absolument ébouriffante. Et la preuve que derrière tout « grand » homme il y a surtout une très grande femme.

Sur le site de Télérama

Cinéma – Saint Laurent

Le Saint Laurent de Laurent Bonello est sans doute précis, sans doute d’une étonnante plasticité, sans doute très esthétiquement correct, mais il peine à trouver une grandeur et une finesse qu’on attend finalement des grands créateurs. Une attente sans doute veine, car après tout être un génie de la mode, ne vous met pas à l’abri d’être un personnage assez médiocre, pris dans les rets d’une liberté sans conscience et sans intelligence, où la consommation de drogue, d’alcool, des corps relève d’une incapacité à s’aimer, à se respecter, à apprécier la beauté réelle du monde.

L’opposition caricaturale entre un Bergé, homme d’affaire prosaïque et Saint Laurent créateur en souffrance ne prend pas. On se fatique assez vite de cette absence de nuances. Les seuls grands moments de ce film sont ceux où le créateur fait enfin bloc avec ses équipes, les petites mains miraculeuses qui donnent vie à l’imaginaire. Le passage du temps qui se fait de manière très artificiel dans le montage entre images d’archives et scènes du film ne donne nulle profondeur au film. Un biopic convenu et convenable dans ses petits scandales surfaits.

 

Cinéma – Jersey Boys

Un joli Clint Eastwood qui sonne comme une comédie musicale de Broadway. Un moment de cinéma hors du temps pour parler de l’amitié, des liens au sein d’une petite communauté, des outrages du temps sur le rêve et de la nécessité d’ouvrir les bras à l’enfant prodigue. Un biopic acidulé sur lequel ni le pays, ni la société civile, l’industrie du disque naissante, ni le reste du monde ne semble avoir d’emprise. Le film est une scène de théatre sur laquelle se déroule le fil de la vie de Frankie Valli et des Four Seasons.

Une fois le contrat accepté tacitement par le spectateur, le réalisateur defile sa pellicule. Il nous parle d’un talent rare qui par la somme de petits hasards et la solitude amitié d’un petit malfrat égoiste réussit à percer sur une scène ultra concurrentielle. La mise en scène est très théatrale, elle aussi, comme le montre la scène qui clot le film, cette danse endiablée dans une rue de New York artistiquement artificielle. Eastwood a travaillé son image et sa photographie en accord avec son postulat « broadwaysien ». Et le spectateur est séduit, malgré lui parfois, par ses personnages caricaturaux, où les bons et mauvais côtés de chacun sont hypertrophiés pour les rendre plus théatraux. Ainsi Christopher Walken en mafieux d’opérette, le coeur sur la main et habillé comme un milord anglais.

Ce n’est certes pas le film de l’année, ni la plus belle réussite du réalisateur américain, mais le concept est agréable et on sort de là le sourire aux lèvres et le pied léger. On apprend pour les non-spécialistes que certains des plus grands tubes de la culture populaires ont été composés par ce groupe dont la renommée est inversement proportionnelle aux succès de ses tubes.