Books – # 39

http://www.books.fr/magazines/numro-39/

Toujours excellente cette revue, qui commence l’année avec un dossier sur la difficile situation de l’Etat israélien confronté à la montée de l’intégrisme religieux associé à un nationalisme forcené. Où on découvre que contrairement aux idées trop bien reçues, l’image de Mahomet n’est 80ed93ff481a97cdeffd2d7164262f5c pas le moins du monde un tabou dans les arts graphiques ou les livres et ou 1493 est présentée comme une nouvelle aventure d’homo sapiens soi même, quittant à nouveau l’Afrique, pour essaimer dans les terres nouvellement découvertes par les occidentaux, mais de force cette fois.

On trouvera également un article poil à gratter sur le bio d’après un livre publié en 1962 ou encore un compte rendu des formidables bénéfices des marchands d’arme partout dans le monde contemporain.

Du bon, du très bon et comme souvent du très utile pour sortir de l’absence de pensée et de sens critique ambiants….

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Books # 21 – le vrai visage du capitalisme…

Excellente livraison, comme d’habitude avec un remarquable dossier sur le capitalisme rappelant ce que tout bon étudiant en histoire ou en philosophie apprend en première année, le capitalisme théorisé au XVIIIè siècle n’a rien,  mais alors rien à voir avec le capitalisme financier, prédateur et totalement coupé des réalités sociales du monde du travail. Hors notre bon ami Adam Smith avant d’être le père très mal compris de « la main invisible du marché » était d’abord et avant tout un moraliste qui voyait bien un lien entre libre marché et croissance, mais qui n’oubliait jamais de dire qu’il était capital que l’Etat soit présent afin de redistribuer les richesses notamment à ceux qui en étaient à l’origine….qui, qui, qui ? Les ouvriers. Et il dit plus encore, écoutez, c’est très drôle « la richesse d’une nation n’a rien à voir avec la quantité d’or et d’argent qu’elle a dans ses coffres.  La richesse est ce que l’on fait, non ce que l’on possède. » De la graine de communiste séditieux ça madame.

Dans le même dossier, on nous rappelle que la croissance zéro voire la décroissance ne sont pas des vilains mots pour bobos excentriques, mais des idées novatrices liées à notre modernité et à la très évidente finitude de nos ressources. Une fois encore on rappelle cette évidence, si la terre peut nourrir tous ses habitants, elle ne peut inventer l’eau là où elle n’est pas et les énergies fossiles là où elles ne sont plus. Une politique économique intelligente et sereine aurait permis de déployer à des énergies et des modes de vie moins énergivores sans grever le développement des pays en développement ou celui de la Chine ou de l’Inde. Le capitalisme financier, l’appât du gain et la violence sociale, parfaitement décrit dans le livre de Naomi Klein, la théorie du Choc, ont choisi d’autres chemins qui nous placent aujourd’hui devant des choix drastiques où les plus pauvres devront forcément être sacrifiés. Certes, quelques grands groupes redécouvrent les joies du don et de la charité à grande échelle, mais cela ressemble davantage à des cautères sur une jambe de bois qu’à une prise de conscience de l’accélération dramatique du temps vers la catastrophe. Il est de bon ton de reprocher à l’anthropologue Claude Levi-Strauss son pessimisme mais peut-on vraiment prétendre que le propos qui suit est dénué de fondement ? « Il n’est aucun, peut-être, des grands drames contemporains qui ne trouve son origine directe ou indirecte dans la difficulté croissante de vivre ensemble, inconsciemment ressentie par une humanité en proie à l’explosion démographique  et qui – tel ces vers de farine qui s’empoisonnent à distance dans le sac qui les enferme bien avant que la nourriture commence à leur manquer – se mettrait à se haïr elle-même parce qu’une prescience secrète l’avertit qu’elle devient trop nombreuse pour que chacun de ses membres puisse librement jouir de ces biens essentiels que sont l’espace libre, l’eau pure, l’air non pollué. » . Les guerres de l’eau ont déjà commencé, les réfugiés climatiques commencent à peine leur long périple, tandis que les pays riches érigent des murs tout en fabriquant toujours plus d’injustice et de précarité au sein même de leur population. Notre modèle de développement basé sur le légendaire et si souvent ressassé la démocratie et l’économie de marché sont indiscutablement liés, est à l’image de ce que Lord Palmerston fit lorsque les chinois refusèrent de continuer à se soumettre à la loi de l’opium, basé sur la prédation et le vol, la destruction de toute pensée hétérodoxe par le verbe ou par le feu.

Le capitalisme de Smith était bien loin de ce mythe et de ses ravages. C’est à se demander d’ailleurs comment les tenants du système dit de « libre échange » peuvent encore se référer au grand moraliste du XVIIIè siècle qui osait prétendre que la coopération est une nécessité absolue car sans elle et sans sa reconnaissance par les plus fortunés le système ne peut fonctionner. Il retrouve ici une idée qu’on retrouvera dans l’œuvre de Darwin qui n’a jamais prétendu que l’évolution repose sur la loi du plus fort, mais bien sur la coopération et l’entraide, le plus « faible » pouvant s’avérer particulièrement nécessaire- ce que le moraliste français Jean de la Fontaine avait compris quelques décennies avant. Ce que nous appelons « libre échange » et qui consiste à soumettre les autres à la dérégulation pendant que nous protégeons nos industries  (le protectionnisme agricole en Europe et aux Etats Unis qui a ruiné l’agriculture africaine, n’est finalement que de la piraterie comme le soulignait déjà Lord Galveston au XIXè siècle.

Bref, un dossier fascinant et tout à fait passionnant. 

Toujours dans ce numéro des lectures de partout et d’ailleurs en roman, essai et poésie, une très belle revue des études sur le deuil ou un regard très novateur sur le régime nord-coréen. Cette revue donne envie de tout lire, de tout découvrir, même l’histoire des petites annonces publiés depuis le XVIIè siècle.