Il fut un temps où la littérature parlait de ces déclassés qui poussés par le désespoir et la colère devant les inégalités qu’ils subissaient finissaient par perdre la tête et commettre l’irréparable. Dans la France du XXIè siècle, la seule cause de tels débordements vient de l’indécrottable médiocrité, l’envie haineuse de tel ou telle.

Emmanuel Finkiel qui avait réalisé le très beau « De battre mon coeur s’est arrêté » réalise ici le film le plus détestable de ce début d’année. Rien ne vient sauver son personnage, falot, mesquin, violent, jaloux, médiocre, crapuleux. Il n’a pour lui que sa belle gueule mais cette gueule dégage un tel venin qu’on ne peut imaginer une seconde qu’une femme un peu maligne puisse retomber dans les pattes d’un tel salaud. Qu’on ne se trompe pas ce film n’est pas un film social, il semble sorti d’une fascination morbide pour un indécrottable gredin.

Par ailleurs, le film cumule les poncifs: le maghrébin certes innocent, mais qui a des potes dans la banlieue qui le sont moins, le pauvre petit blanc déclassé qui sombre dans la haine de soi et des autres et la pôv’ fille qui pensait s’en être sorti parce qu’elle est si sympathique, mais pas tout à fait assez intelligente pour ne pas comprendre la toxicité du père de son fils. Bref on est pas loin d’un brulôt anti-pauvre, plutôt que de la chronique humaniste à la Loach.

Duvauchelle est parfait dans ce rôle, pas tellement parce que c’est un bon acteur, mais juste parce que c’est le seul registre qu’il connaisse semble-t-il.

Bref, un mauvais film, sur un mauvais sujet et enfoncé encore par un acteur médiocre, et dans lequel la pauvre Mélanie Laurent tente de surnager…

Sur le site de Télérama

 

Cinéma – Le grand jeu

Il commençait bien le film de Nicolas Pariser, l’affaire Tarnac revue et sans doute un peu corrigée par le talent du cinéaste français. André Dussolier devait être génial et Melvil Poupaud le beau gosse de service (quelques soucis de cheveux qui gage un peu la photo). On espérait, moi en tous cas, des révélations, des idées divergentes, des trucs un peu scandaleux mettant en cause des hommes politiques, des affairistes, des journalistes et les crétins gauchistes de Tarnac….

Et bien c’est raté. Le film est très bien jusqu’au moment où André Dussolier, dans le rôle du marionnettiste manipulé par les pouvoirs en place, tente un coup de dé et … plus rien. Le film s’arrête là pour sombrer dans la bluette niaise genre Melvil à la ferme qui tombe en amour avec la jeune gourdasse gauchiste, copie confirme en plus de jeune de son ex. Cliché! J’espère pour les filles et garçons de Tarnac qu’ils étaient moins débiles que cette bande de crétins sortis tout droit d’un manuel pour anti maoiste débutant. Une vraie caricature.

Conclusion: ce n’est pas bon, malgré un excellentissime André Dussolier tellement plus sexy que ce pauvre Melvil

Cinéma – Mon Roi (Maiwenn)

Pour le coup, un film que je suis allée voir à reculons, en freinant des quatre fers et très, mais alors très sceptique. Si je trouve le travail de Maïwenn très délicat et intelligent, j’ai un vrai problème avec Vincent Cassel dont l’excessive masculinité me révulse assez sérieusement. Et bien, heureusement pour moi, je peux me tromper :). Le film est très réussi, beau et tragique, dur et fragile. La mise en scène est remarquable et les acteurs, Emmanuelle Bercot comme Vincent Cassel simplement brillants.

Les histoires d’amour finissent mal en général, comme le chantait si bien les Rita Mitsouko, et le drame de Maïwenn ne contrevient pas à la règle. La passion est un poison violent dont personne ne se remet vraiment. Avec ce couple tout est dit dès le départ: un flambeur, une fille qui se croit conquérante et qui n’est que conquise. L’amour fou, les éclats de rire, la légèreté, le champagne et les copains. La belle vie, la vie chic et choc. Un miroir aux alouettes pour êtres trop fragiles. Rapidement les mauvais côté de la flambe se révèlent. Les copains trop présents, l’argent qui file trop vite, les ex qui se posent en éternelles compagnes.

Avec l’arrivée de l’enfant, cet autre fantasme pour un ego surdimensionné, le couple explose. Lui se révèle manipulateur, cruel et mesquin, elle stupide, fragile et immature. Amour fou où l’autre n’est qu’un prétexte, une faire valoir du vide de l’âme. Le couple se déchire mais ne parvient pas à rompre.

Le scénario pourrait presque paraître mièvre, mais Maïwenn en mettant en parallèle le lent rétablissement d’une Emmanuelle Bercot, dont le genou a lâché et l’histoire de ce malamour, montre combien la passion amoureuse est une maladie dont il faut une force phénoménale et un combat de chaque jour pour se relever et même après la guérison officielle, il reste une fragilité dans le cœur comme dans le genou. Etonnante concordance des corps et cœurs blessés. Elle ne met pas son héros masculin au pilori, ni son héroïne féminine en victime tragique, elle montre que ces relations se construisent à deux. Vingt fois, elle aurait pu partir, mais elle reste parce qu’elle est fascinée par son bel et fantasque étalon. Peu importe les pleurs, la solitude et les peurs, on finit toujours par revenir vers l’objet fascinant et un peu dangereux, qui déstabilise un peu le quotidien.

Un film bouleversant et effrayant par bien des aspects, car cette maladie d’amour que tant de poètes ont chanté semble souvent une maladie bien désirable….

Sur un blog du Nouvelobs.com

Cinéma – Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu

Bon, soit je n’ai pas d’humour, soit je suis une indécrottable pessimiste, en mode intello coincée, soit ce film est un énième navet de la veine « humour à la française » qui est surtout un condensé de clichés merdiques et de bons sentiments insupportablement tartes. Personnellement, parce que je m’aime bien, j’aurais tendance à partir sur la troisième hypothèse (et un peu sur le première aussi), à regret car j’appréciais beaucoup Chantal Lauby. Malheureusement les naufrages de l’âge font qu’on passe d’une minette drôle et impertinente dans les années 80 à une vieille peau bien sous rapports trente ans plus tard.

Outre l’absence tragique de contenu, les acteurs sont d’une médiocrité à pleurer. Cela ne doit pas être si simple de jouer les nunuches idiotes amourachées comme une seule femme de « représentants de la diversité ». Finalement la seule bonne phrase de ce film est la moquerie d’un copain cul-béni du couple papa/maman, « regarde c’est la famille Benetton ». Malheureusement pour le metteur en scène, Philippe de Chauveron, dont la filmographie contient des trésors du cinéma national tels que La Famille Ducobu ou Les Seigneurs, Benetton n’est plus ni tendance, ni « hip » depuis le milieu des années 80.

Mais interpréter des « représentants » des minorités visibles machistes, crétins, beaufs ne doit guère être plus simple, car le naufrage des acteurs masculins de ce navet est digne du Titanic. Chantal Lauby nous vantait en promo un film drôle, « pas prise de tête », c’est un film bête, sans queue ni tête.

Cinéma – Quai d’Orsay

Risqué d’adapter une BD à la fois loufoque et intelligente au cinéma, d’autant que ce type d’adaptation a surtout été un grand ratage jusqu’à aujourd’hui. Du petit gaulois casqué au petit marsupial tacheté, on ne peut pas dire que l’essai ait été transformé lors du passage de la bulle à l’écran. On peut se demander d’ailleurs comment Bertrand Tavernier a eu cette étrange idée. Mais entre les papiers qui volent et les grands vlam des portes claquantes, la BD s’incarne très heureuseument au grand écran. Le casting est impeccable avec un Thierry Lhermitte plus Galouzeau que le vrai et un Niels Arestrup, impeccable, cet homme est un génie dans tous ces rôles. Quant au petit Personnaz il incarne son Arthur avec l’innocence suffisante pour garder toute sa fraîcheur à cet étrange chargé des langages.

Alors Quai d’Orsay, c’est quoi?

Une charge contre la politique? Une défense du pré carré français contre les lourdeaux made in US? Une analyse pointue de la Françafrique sous Chirac? Si loin, si proche. Cette adaptation raconte la vie trépidante et dantesque d’un petit écrivaillon de cabinet, jouant des coudes pour imposer deux ou trois idées moins farfelues que les autres à un ministre navigant dans d’étranges et hautes sphères. Cette administration ressemble à celle décrite dans une autre BD, les douze travaux d’Astérix, où les deux gaulois devaient obtenir un tampon sur une tablette. On se dire la bourre, on se tire dans les pattes, on se moque, on s’amuse, on se « frotte la péninsule », tout ça pour apposer son marque, son paragraphe, sa phrase, son mot dans un ou plusieurs discours qui marqueront l’histoire du monde ou feront ricaner dans les travées de l’Assemblée.

Les ors de la République sont le lieu où se jouent tous les Ridicules sous le regard plus ou moins amusé de quelques vieux briscards de la politique. Tavernier a l’art et la manière de saisir ce théatre où se mirent les alouettes et où se perdent les illusions, en n’oubliant jamais cependant que certains êtres tentent de croire que le meilleur est toujours possible. Sans être révolutionnaire ou novateur, ce film est un moment de vrai plaisir cinématographique et les éclats d’Héraclite rappelle que des fragments on peut tirer l’or ou la boue.