La saison des femmes – Leena Yadav

Je ne vais pas faire de longs discours sur ce film. Juste allez y, courez y, ne le ratez sous aucun prétexte. Plongez vous dans ce moment de pure, d’absolue grâce. Cet hymne aux femmes dans leur fabuleuse diversité dans une société gangrenée par le patriarcat, fondamentalement haineuse du pouvoir du féminin est un des plus beaux, des plus grands moments de cinéma offerts à ce jour…..Un chef d’oeuvre.

Interview de la formidable réalisatrice sur le site de Télérama

 

Voix féministes à entendre ….vite, très vite

566http://www.telerama.fr/idees/apres-cologne-nous-voyons-en-europe-les-signes-precurseurs-de-la-montee-de-l-extreme-droite-integriste,137685.php

https://blogs.mediapart.fr/monica-m/blog/150116/propos-de-cologne-analyse-de-marieme-helie-lucas

Et l’entretien donnée par la sociologue à Marc Weitzmann dans le dernier numéro du Magazine Littéraire.

https://tradfem.wordpress.com/2016/03/27/meghan-murphy-definir-le-feminisme-voici-pourquoi-il-nous-faut-etre-radicales-dans-notre-mouvement/

http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20160324.OBS7089/des-femmes-ces-irreductibles-qui-luttent-contre-la-dictature-du-phallus.html

 

Femmes et franc-maçonnerie – Yves Hivert-Messaca, Gisèle Hivert-Messaca

ob_fb11cd_messecaDepuis plusieurs décennies maintenant les femmes s’affirment et affirment leur présence dans l’Histoire. Chercheuses, politiques, intellectuelles, philosophes, poètes, artistes, elles ont pris la suite des grandes horizontales qui faisaient les délices de la petite histoire. En France, en Europe, aux Etats Unis, plus difficilement dans le reste du monde, des femmes et des hommes se sont battus pour l’égalité des droits entre les deux genres de l’humanité, puis des femmes et des hommes se sont battus pour que l’Histoire soit enfin celle de l’Humanité.

Il reste cependant un lieu où ce combat reste à mener malgré sa prétention à parler au nom de l’Humanité. La franc-maçonnerie qui a voulu poursuivre le travail des Lumières, a longtemps oublié que la moitié de l’humanité était faite de sœurs. Ou plus exactement, ces beaux messieurs si âpres à la pensée univoque, ont estimé de leurs devoirs de nous protéger, nous faibles femmes, de ce grossier travail qui consiste à mettre deux neurones en action pour en tirer une pensée dépassant le simple fait de serrer les fesses avant d’avoir chier. Un peu vulgaire? Oui mais la lecture de ce formidable essai donne de violentes poussés d’urticaire, tant les arguments de ces messieurs semblent d’une affligeante stupidité. On s’étonne peu que l’Histoire du monde n’ait pas forcément été très progressiste depuis trois siècles.

Une chose est certaine, quand on lit ceux contre quoi les femmes ont dû se battre pour être reconnue comme citoyenne à part entière, puis comme personne à part entière et enfin très récemment comme intellectuelle à part entière, on ne doute plus qu’elle représente la part le plus courageuse, la plus intrinsèquement puissante de l’espèce humaine. Malheureusement, la moitié masculine tient bon le manche de la pioche et du bâton avec lequel elle repousse les tentatives des femmes pour affirmer leur capacité pleine et entière à réfléchir et à faire jaillir de belles idées de son jus de cerveau.

En découvrant les arguments de certains maçons des siècles passés et qu’on entend encore ceux de certains maçons contemporains, on se dit que l’hystérie machiste a de beaux jours devant elle. Heureusement pour nous, la lutte s’organise et les histoires vues du point de vue des femmes, montrant la présence des femmes, leurs implications dans les luttes  et les progrès sociaux, leur volonté sans cesse réaffirmée d’être à la tête de leur propre vie et de leur pensée, on se doit d’espérer que des générations de jeunes chercheuses et chercheurs s’attelleront à la tâche et rendront aux femmes leur place en pleine lumière sous les signes de la pensée…

Sur le site de l’éditeur

Verbatim – Maria Deraismes

Un extrait du discours inaugural prononcé par Maria Deraisme lors de son initiation maçonnique. Un texte qui résonne singulièrement juste 135 ans après.

106837440« Toute loi qui, à priori, gêne l’essor des individus en les frappant arbitrairement d’incapacité est non seulement anormale parce qu’elle contrarie le plan de la nature, mais, de plus, elle est immorale, parce qu’elle provoque chez ceux qu’elle spolie le désir de sortir de la légalité pour chercher ailleurs des avantages que celle-ci leur refuse.

[…] la femme est une force. Toute force naturelle ne se réduit ni ne se détruit. On peut la détourner, la pervertir, mais comprimée sur un point, elle se reporte vers l’autre avec plus d’intensité et plus de violence.

Que deviennent donc ces forces sans emploi, ces facultés expansive, cette activité cérébrale?

Faute d’issue, elle s’exaspère, se décompose, c’est un trop-plein qui déborde?

Deux voix s’offrent à elles; ce sont deux extrêmes, deux pôles. Le fanatisme ou la licence. Autrement dit, l’Eglise ou la prostitution. Je prends ce dernier mot das son sens le plus large et le plus compréhensif. Je ne désigne pas seulement, ici, cette fraction qui tombe sous les règlements de police, mais cette légion innombrable qui, méthodiquement et d’une façon occulte et latente, trafique d’elle-même à tous les étages de la société, et surtout au plus haut, et d’où elle exerce ses ravages dans tous les départements du système social.

Mysticisme et débauche quoique dissemblables se touchent par plus d’un point.

Des deux côtés, rejet de la raison, excès, effervescences malsaines d’une imagination déséquilibrée.

La dévotion enténèbre l’esprit, la débauche le déprave; l’un abêtit, l’autre abrutit. Elle peuvent donc se donner la main. 

Je sais qu’entre ces deux manifestations d’un désordre mental, on fait valoir l’action salutaire et bienfaisante de la femme vertueuse. Mais nous l’avons dit, dans la vie domestique la vertu de la femme porte l’empreinte de la subordination […] Dans ces conditions d’infériorité, elle ne peut avoir une conception bien nette, et la preuve, c’est qu’elle admet une morale pour ses filles et une autre pour ses garçons. » (Eve dans l’Humanité – 1891)

Isabelle Mons – Femmes de l’âme – Payot

Un essai tout à fait formidable pour nous rappeler qu’avant que cela ne devienne une évidence, des femmes venues de tous les horizons européens ont investi les universités, les champs du savoir, pris possession de leurs destins avec ou contre les hommes et accompagné les formidables évolutions du début du XXè siècle. Nous savons à quel point il est difficile pour nous et nos filles de trouver de grandes figures à identifier pour avancer fièrement dans la conquête de notre égalité pleine et entière, Isabelle Mons nous en propose 14. Les pionnières de la psychanalyse n’ont pas seulement suivi le mouvement, elles l’ont accompagné, soutenu, parfois à bout de bras, tranformé pour y inclure ce continent noir et méprise, celui de la psyché féminine.femmes de l ame.indd

Qu’il s’agisse de l’enfance, de la sexualité, de la maternité, de la place de la femme dans le couple, elles ont chacune à leur manière attaquer des siècles de misogynie pour forcer les lourdes portes dressées entre elles et l’indépendance. Isabelle Mons nous ouvre les vies de ces pionnières, elles nous montrent leurs errances, leurs difficultés, mais surtout leur indéniable force. Elles s’affranchissent des règles qu’on impose aux femmes mais elles ne peuvent les oublier totalement, d’où la nécessité de leurs travaux analytiques, d’où leurs propres questionnements et parfois les tragiques échecs qui conduisent certaines d’entre elles à choisir la mort.

Pour moi qui ne suit pas totalement persuadée par les théories psychanalytiques, il y a un bémol à cette belle aventure. Ces pionnières ont été, se sont cantonnées aux recherches liées à l’enfance et la maternité, deux éléments qu’elles ont toutes jugées central dans la vie d’une femme. Peut être la preuve que décidément la psychanalyse ne peut être séparée de l’environnement et du temps qui l’ont vue naître. Le problèmes posés par les rapports entre les sexes dans ce temps et cet espace particulier demeurent une sorte d’impensé de la psychanalyse qui ne parvient toujours pas à renouer avec l’animalité d’homo sapiens et se gargarise de la découverte du peau à peau entre le bébé et sa mère pour aider à guérir…..

Bref une belle aventure humaine, une preuve que les femmes n’ont heureusement pas attendu qu’on les autorise pour descendre dans l’arène des savoir.