Femmes et franc-maçonnerie – Yves Hivert-Messaca, Gisèle Hivert-Messaca

ob_fb11cd_messecaDepuis plusieurs décennies maintenant les femmes s’affirment et affirment leur présence dans l’Histoire. Chercheuses, politiques, intellectuelles, philosophes, poètes, artistes, elles ont pris la suite des grandes horizontales qui faisaient les délices de la petite histoire. En France, en Europe, aux Etats Unis, plus difficilement dans le reste du monde, des femmes et des hommes se sont battus pour l’égalité des droits entre les deux genres de l’humanité, puis des femmes et des hommes se sont battus pour que l’Histoire soit enfin celle de l’Humanité.

Il reste cependant un lieu où ce combat reste à mener malgré sa prétention à parler au nom de l’Humanité. La franc-maçonnerie qui a voulu poursuivre le travail des Lumières, a longtemps oublié que la moitié de l’humanité était faite de sœurs. Ou plus exactement, ces beaux messieurs si âpres à la pensée univoque, ont estimé de leurs devoirs de nous protéger, nous faibles femmes, de ce grossier travail qui consiste à mettre deux neurones en action pour en tirer une pensée dépassant le simple fait de serrer les fesses avant d’avoir chier. Un peu vulgaire? Oui mais la lecture de ce formidable essai donne de violentes poussés d’urticaire, tant les arguments de ces messieurs semblent d’une affligeante stupidité. On s’étonne peu que l’Histoire du monde n’ait pas forcément été très progressiste depuis trois siècles.

Une chose est certaine, quand on lit ceux contre quoi les femmes ont dû se battre pour être reconnue comme citoyenne à part entière, puis comme personne à part entière et enfin très récemment comme intellectuelle à part entière, on ne doute plus qu’elle représente la part le plus courageuse, la plus intrinsèquement puissante de l’espèce humaine. Malheureusement, la moitié masculine tient bon le manche de la pioche et du bâton avec lequel elle repousse les tentatives des femmes pour affirmer leur capacité pleine et entière à réfléchir et à faire jaillir de belles idées de son jus de cerveau.

En découvrant les arguments de certains maçons des siècles passés et qu’on entend encore ceux de certains maçons contemporains, on se dit que l’hystérie machiste a de beaux jours devant elle. Heureusement pour nous, la lutte s’organise et les histoires vues du point de vue des femmes, montrant la présence des femmes, leurs implications dans les luttes  et les progrès sociaux, leur volonté sans cesse réaffirmée d’être à la tête de leur propre vie et de leur pensée, on se doit d’espérer que des générations de jeunes chercheuses et chercheurs s’attelleront à la tâche et rendront aux femmes leur place en pleine lumière sous les signes de la pensée…

Sur le site de l’éditeur

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Verbatim – Maria Deraismes

Un extrait du discours inaugural prononcé par Maria Deraisme lors de son initiation maçonnique. Un texte qui résonne singulièrement juste 135 ans après.

106837440« Toute loi qui, à priori, gêne l’essor des individus en les frappant arbitrairement d’incapacité est non seulement anormale parce qu’elle contrarie le plan de la nature, mais, de plus, elle est immorale, parce qu’elle provoque chez ceux qu’elle spolie le désir de sortir de la légalité pour chercher ailleurs des avantages que celle-ci leur refuse.

[…] la femme est une force. Toute force naturelle ne se réduit ni ne se détruit. On peut la détourner, la pervertir, mais comprimée sur un point, elle se reporte vers l’autre avec plus d’intensité et plus de violence.

Que deviennent donc ces forces sans emploi, ces facultés expansive, cette activité cérébrale?

Faute d’issue, elle s’exaspère, se décompose, c’est un trop-plein qui déborde?

Deux voix s’offrent à elles; ce sont deux extrêmes, deux pôles. Le fanatisme ou la licence. Autrement dit, l’Eglise ou la prostitution. Je prends ce dernier mot das son sens le plus large et le plus compréhensif. Je ne désigne pas seulement, ici, cette fraction qui tombe sous les règlements de police, mais cette légion innombrable qui, méthodiquement et d’une façon occulte et latente, trafique d’elle-même à tous les étages de la société, et surtout au plus haut, et d’où elle exerce ses ravages dans tous les départements du système social.

Mysticisme et débauche quoique dissemblables se touchent par plus d’un point.

Des deux côtés, rejet de la raison, excès, effervescences malsaines d’une imagination déséquilibrée.

La dévotion enténèbre l’esprit, la débauche le déprave; l’un abêtit, l’autre abrutit. Elle peuvent donc se donner la main. 

Je sais qu’entre ces deux manifestations d’un désordre mental, on fait valoir l’action salutaire et bienfaisante de la femme vertueuse. Mais nous l’avons dit, dans la vie domestique la vertu de la femme porte l’empreinte de la subordination […] Dans ces conditions d’infériorité, elle ne peut avoir une conception bien nette, et la preuve, c’est qu’elle admet une morale pour ses filles et une autre pour ses garçons. » (Eve dans l’Humanité – 1891)

Dominique Segalen – Maria Pognon, une frondeuse à la tribune – Editions Detrad

1540-1L’Histoire a longtemps été  injuste avec nos soeurs en humanité. Elles n’ont longtemps été que des saintes, de « grandes horizontales », des reines horribles ou piteuses, hystériques toujours et quelques personnalité hors norme comme Marie Curie ou Louise Michel. Si injuste qu’il a fallu que des historiennes montent à l’assaut de l’Histoire masculiniste avec le désormais classique Histoire des femmes en Occident dans lequel Michelle Perrot et Georges Duby rappelaient en cinq volumes que la moitié de l’humanité ne peuvent être définitivement rayer des cartes. L’aventure s’est poursuivi avec des grandes plumes et voix telles celles d’Arlette Farge ou de Geneviève Fraisse et tant d’autres recentrant enfin l’Histoire sur un juste partage présentiel.

L’Histoire de la maconnerie n’a pas échappé à ce grand mouvement. Malgré quelques résistances de la part d’une vieille garde qui a un mal fou à penser l’égalité réelle dans la différence des genres, nous avons enfin accès à des textes biographiques sur celles qui ont forcé pendant près d’un siècle et demi la longue et toujours en cours bataille de la reconnaissance par nos pairs.

Dominique Segalen livre un portrait sensible et très détaillé de la féministe radicale, journaliste et membre fondateur de la première loge mixte, Maria Pognon. Si on connait assez bien Maria Deraismes notamment pour son engagement dans l’éducation des filles, bien d’autres femmes ont participé entre la fin du XIXè et le début du XXè au combat des femmes pour la reconnaissance sociale, l’égalité salariale (déjà!), et l’émancipation. Une lutte qui s’est incarnée par le combat contre le Code Civil ce torchon napoléonien qui brisa définitivement l’élan féministe déjà bien malmené par les révolutionnaires.

Outre le fait de découvrir une nouvelle égérie de la longue guerre contre l’oppression des femmes, cette biographie, par la richesse de ses sources nous permet de comprendre les difficultés auxquels ces femmes de caractère se sont affrontées. Face aux hommes bien sûr, ces politiques, échotiers accrochés à leur piteux privilèges et à leur goût fondamental pour l’inégalité et le mépris de genre, mais également face aux femmes qui soit voyait dans ce combat une menace pour leur « sécurité », soit celles qui politiquement associés aux socialistes ne comprenaient pas que l’esclavage des femmes était aussi le fait des prolétaires, les hommes pauvres n’étant guère plus ouverts à l’égalité que leurs congénères des hautes sphères.

Une biographie bienvenue donc et surtout une pierre à apporter à ce nouvel édifice d’une Histoire Humaine et plus seulement masculine…. Bravo