Les innocentes – Anne Fontaine

Le dernier film d’Anne Fontaine est d’une forme très classique, une photo de la Pologne triste, grise, froide, comme on imagine assez bien le pays au moment où il bascule de l’occupation nazie à l’occupation soviétique. La réalisatrice poursuit sa plongée dans la psychée féminine, ici celle traumatique causée par les périodes de guerre. Tirée d’une histoire vraie, les Innocentes rappellent que l’Histoire de la seconde guerre mondiale et de la Libération reste à écrire pour les femmes. On a commencé par juger les nazis, à célébrer les résistants, puis les juifs ont enfin pu exprimer l »inexprimable de la Shoah, on a questionné Vichy et la collaboration, on a commencé à parlé des camps soviétiques. Puis un jour, les femmes coréennes ont enfin pu dire les viols commis par l’armée japonaise. Et aujourd’hui, 70 ans après la fin de la guerre, les femmes occidentales voient enfin l’histoire spécifique de leur calvaire devenir un objet historiographique, par le biais du roman, du cinéma et des essais plus savants. Femmes françaises violées par les américains, femmes allemandes violées par les russes, femmes polonaises violées par les nazis et les russes, deux fois livrées à la furia masculiniste que les périodes de guerre achève de libérer.

Au-delà du viol et de ses conséquences tragiques, l’enfant des violeurs à naître, le film d’Anne Fontaine interroge un point particulier de cette grande histoire du viol. Comment garder la foi quand le pire, le plus atroce survient dans une vie bien réglée et tournée toute entière vers l’introspection? La violence subie par ces femmes, se double de la violence du silence obligatoire, de la négation des corps souffrant jusqu’à la folie.

Malgré tout, si ce film est nécessaire, un film militant n’est pas forcément un très bon film. Il y a beaucoup de finesse et d’intelligence dans la réalisation d’Anne Fontaine, il y a aussi des ficelles un peu grosse. Ainsi cette galerie de portraits d’Epinal: la jeune femme médecin, communiste, le médecin juif qui a perdu les siens dans les brumes de l’Holocauste, la mère supérieure tellement obnubilée par la sauvegarde de sa communauté qu’elle oublie le message du Christ, la jeune religieuse capable de comprendre les enjeux du drame, la petite nonne qui ne rêve que de reprendre sa liberté. N’oublions pas la scène de tentative de viol par des soldats russes qui permet à la jeune docteure de toucher du doigt la violence la plus barbare. Trop lisse tout cela.

Mais voilà, nous avançons à petit pas dans la reconnaissance de cette histoire, combattue par les tenants de l’échelle de victimisation, par les tenants de l’héroisme absolu qui des russes, qui des américains, qui des autres alliés, incapable de comprendre que dénoncer tous les crimes, montrer la violence faite aux femmes, ce crime spécifique n’enlève rien à la barbarie nazie.

A voir donc… pour commencer le travail

Sur le site de Télérama

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Dans la presse – Patrick Boucheron

Le médiéviste et nouveau professeur au Collège de France livre dans Libé une analyse pertinente et brillante. Décidément, il est plus que temps de donner la parole aux gens de sens et de réflexion pour dépassionner le débat et éviter la fascination perverse de l’image et du bruit médiatique.

Patrick Boucheron dans Libé

et puisqu’il cite la brillante philosophe, il est bon de lire ou relire les propos de Judith Butler en novembre dernier. Contre une politique du coup de menton et du brassage d’air vicié, penser, nuancer, imaginer….

Les mots pour le dire – Chronique de Pierre Zaoui

http://www.liberation.fr/france/2015/11/17/le-triple-embarras-du-mot-barbare_1414134

Pierre Zaoui, Philosophe, université Paris VII- Diderot et membre du Centre international d’étude de la philosophie française contemporaine (CIEPFC)

Le philosophe nous rappelle avec intelligence et nécessité que les mots ne sont pas innocents. Ils portent du sens, évident ou en infra texte et ce sont ces infra textes qu’il nous faut interroger aujourd’hui, quand nos politiques et beaucoup trop de nos citoyens sont prêts à rogner sur leurs libertés civiles, les uns par calcul, les autres par peur stérile.

Nos libertés sont ce qui nous protègent de la véritable barbarie, celle de la non-pensée, de l’absence de réflexion et de remise en cause des doxas.

Nos libertés conquises de haute lutte ne peuvent, ne doivent pas être remises en cause et surtout pas limitées, ni amendées.

La Liberté, comme l’Egalité ne sauraient être le terrain de jeux des apprentis sorciers sécuritaires…

 

Charlie, mauvais esprit….

Charlie H - russia

Je n’avais pas acheté Charlie depuis quelques semaines, mais en voyant que les russes étaient très « colère », je me suis précipitée et honnêtement c’est bon, c’est très bon. Le mauvais esprit, l’irrévérence et le respect pour …rien, parce que rien n’est vraiment respectable et surtout pas la mort…. surtout quand deux Etats mentent comme des arracheurs de dents sur les raisons du crash….

Une autre photo aurait dû faire le buzz.

14535598Croyant, comme toujours, faire le bien, Libé montre avec une incroyable ingénuité que ces morts ne nous intéressent pas en tant qu’individus, mais seulement pour le symbole. Nous ne sommes même pas capable de mettre des noms, de penser l’identité.

Migrants est devenu une catégorie, un groupe indistinct, qu’il faut soutenir ou rejeter selon les camps. La deshumanisation commence souvent où on ne l’attend pas, et encore plus souvent quand nous ne faisons pas l’effort de chercher un nom.

Imaginez-vous cela avec nos bavards morts en reportage: « encore un journaliste, deux, plusieurs journalistes, morts ici ou là? Non bien sûr. nous, nous méritons notre identité, nous sommes des citoyens, des occidentaux gras et gros, avec nos jolis appart et nos meubles design. Nous sommes. Ces enfants ne sont rien qu’un symbole qui nous sert à montrer à quel point nous sommes des gens biens, sympathiques, humanistes et concernés…. en attendant, je n’ai pas vu un journaliste faire le pied de grue devant les ambassades ou à Calais pour héberger un de ces « pauvres migrants ». Le journaliste aime donner des leçons, mais une fois rentré chez lui, le destin de ces « chers migrants » cède devant la planche de charcut/fromage et le p’tit vin bio qui va bien et la soirée ‘Orange is the new black’…

Geneviève Fraisse – encore un si long mes soeurs pour l’Egalité

75px-Greek_lc_phiSuperbe tribune de la Philosophe et historienne Geneviève Fraisse qui nous rappelle que nous, les femmes, sommes encore et pour longtemps encore semble-t-il les parentes pauvres de l’Histoire qu’elle soit nationale ou mondiale. Nos sœurs qui ont tant accompli pour nous restent un peu moins bien traitées, un peu plus marginalisées, un peu moquées, un peu méprisées. Des histoires de bonnes femmes qui ne peuvent s’élever à la hauteur des accomplissements masculins. Un si long chemin….

http://www.liberation.fr/debats/2015/10/18/olympe-de-gouges-voulait-se-souvenir-du-peuple_1406679

Ruwen Ogien – Des valeurs comme principe d’oppression

75px-Greek_lc_phiUn excellent article du philosophe disponible sur le blog Philo de Libération. Où l’on parle de droit, de valeurs et où on découvre que les deux ne sont pas toujours aussi compatibles et cohérents qu’on pourrait l’imaginer….

http://liberationdephilo.blogs.liberation.fr/2015/10/14/lexasperant-bavardages-au-sujet-des-valeurs/