Peur de rien – Danielle Arbib

Sur le site de Télérama, pour une chronique en bonne et due forme….

Il y a des films qui font un bien fou car ils provoquent cette décharge d’adrénaline qui accompagne l’envie, le désir soudains et irrépressibles de reconnecter avec sa vie d’avant.

La vie de cette jeunesse insouciante et légère. Ce moment où l’oiseau quitte un foyer crispé et froid pour découvrir les chaleurs et désillusions de la vie d’étudiante.

Ce moment de tous les possibles, ce moment magique où les yeux et le cœur s’illuminent pour un rien, pour la totalité du monde.

Cet univers entre l’enfance et l’âge adulte quand on peut encore profiter de tout, ne s’inquiéter de rien dure si peu. Brillant et court comme le bonheur.

Alors surgissent les ombres noires de la peine et de la mélancolie, de la rancœur, de l’amertume. Alors on s’abîme dans le quotidien bruyant et sans poésie, terne comme un long jour de pluie.

Un film, une photo, un tableau, bref un instant d’éternité peut alors rappeler les charmes de l’adolescence, la légèreté, l’inconsistance, le goût du risque qui sont les maîtres de cette vie pour la première fois indépendante.

Il faut alors garder ce moment vivace car le laisser passer sans le prendre à bras le corps c’est entrer dans le long tunnel d’une vieillesse précoce, d’un abandon de ce moi miraculeux au soi triste de la vie comme elle va. Ne restent alors que les regrets, l’amertume, la colère, l’aigreur et le cheminement désespéré vers la mort, la pire, celle qui couronne une vie non vécue.

Qu’importe d’être riche, puissant, connu, qui sais-je encore? Il faut juste accueillir les moments, les accueillir, les attendre comme on attend les premières cerises qu’on ira cueillir au petit matin au cœur des frondaisons chargées et enchantées par le chant des oiseaux gourmands.

C’est ma leçon du jour. C’est ma catharsis à moi. Mon moment de vérité. Si je ne le saisis pas, je m’engagerai définitivement cette fois, sur le long et pénible chemin de l’acrimonie et de la terrible solitude, celle qui s’impose comme un poids terrible et tragique. Celle qui paralyse et conduit sans coup férir à la haine de soi.

J’ai la chance de le comprendre là, maintenant. Il me faut tenir à cette découverte capitale. Ontologiquement, je peux faire le choix définitif et lumineux de la sérénité, de la vie chaque jour contre la mort demain.

 

 

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