Laura Lippman – Tes dernières volontés (trad.Laurent Bury) – Points Thriller

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Polar honnête mais sans grande imagination qui permettra cependant de passer sans désagrément le temps dans un avion, un train ou en attendant le médecin. Si l’intrigue n’est guère haletante au sens traditionnel du terme pour le genre, on entre assez vite dans la tête de l’héroine 9782810004775 et dans sa confrontation brutale avec un passé qui ne passe pas. La problématique du « survivant » est assez bien posée et offre au lecteur une large gamme de questions sans réponse. Laura Lippman utilise avec maîtrise le puit sans fond des faits divers tout en lui ôtant une partie de mauvais fond de voyeurisme en rejetant l’histoire dans le coeur du romanesque. On pourra regretter cependant l’aspect étonnament lisse de l’héroine qui ne parvient jamais vraiment à prendre chair, à la différence de certains personnages secondaires comme la fille de l’héroine ou la défenseur des droits civiques.

Eliza Benedict est une heureuse femme au foyer. Deux enfants, un mari avec une excellente situation, une jolie maison dans un quartier chic et de beaux voyages pour forger les souvenirs. Elle est presque parvenue à oublier qu’à 15 ans, elle fut l’otage d’un tueur en série, survivante d’un massacre dont la justice ne pouvait qu’imaginer l’ampleur, les corps de nombre de victimes présumées n’ayant jamais été retrouvés. De cette époque tragique, elle n’a gardé que la manie de vivre fenêtres hermétiquement closes dès la nuit tombée. En dehors de cela, elle affronte dignement les affres de l’adolescence de sa fille aînée et se réjouit de la gentillesse bonhomme de son jeune fils, tandis que son mari fait les beaux jours du capital risque.

Toute cette belle tranquilité d’esprit vole en éclat lorsqu’elle reçoit une lettre de son ancien geôlier, désormais en attente de son exécution. Reviennent alors les souvenirs de ces terribles semaines de captivité mais également les soupçons que la justice et quelques journalistes firent peser sur la survivante. Eliza se retrouve seule face à ses questions, face aux manipulations de son kidnappeur et d’une militante des droits civiques engagée dans une ultime tentative pour sauver le criminel de la peine de mort. Le roman prend ses aises entre souvenirs du meurtrier, souvenirs de la jeune fille et questionnements sur ce qu’il serait bon de faire. L’auteur promène son lecteur dans ces myriades de pensées contradictoires et complexes et parvient à semer le trouble chez le lecteur.

Michael Crichton – La proie (trad. Patrick Berthon) – Pocket

http://www.decitre.fr/livres/la-proie-9782266141178.html

Trouvé dans la bibliothèque de Cotonou pour finir les vacances, ce polar de Crichton révèle une fois encore à la fois l’extrême efficacité de ces histoires, parfaitement formatées pour ne pas vous laisser l’envie de lâcher le livre et le fait que jouer sur les peurs et les paranoias des individus 9782266141178FS est un pari qui marche remarquablement bien, pour paraphraser le livre d’un autre grand parano du thriller US, Tom Clancy,  » la somme de toutes nos peurs » fait vendre et lire.

Ce roman paru en 2002 surfe sur les inquiétudes liées aux études sur le génomes, les nano technologies, les passerelles entre les deux domaines. Une nouvelle mouture des machines prennent le pouvoir sur leur créateurs en quelque sorte. Dans cette Silicon Valley d’un autre temps déjà, Jack, chercheur en informatique au chomage pour avoir refusé de plier devant la corruption de ses chefs, découvre les joies du cocooning et du paternage. Sa femme, brillante chercheuse, occupe de hautes fonctions dans une société en pointe sur le terrain des nanotechnologies, ce nouveau monde de l’infiniment petit supposé faciliter le travail et la vie des quelques milliards de primates humains se partageant la planète, voire guérir certaines maladies. Un monde s’ouvre, grand, très grand pas pour l’homme.

Comme tous les hommes au foyer marié à une femme éprise de son travail, il se sent déboussolé devant le temps passée par son épouse au boulot et repère désormais les multiples petits mensonges ou oublis qui jalonnent la communiation de son épouse. Pour lui, la certitude se fait, elle a un amant. Aussi, lorsque son ancien patron lui propose d’aller régler quelques soucis de programmation dans la boite co-dirigée par son épouse, il saute sur l’occasion à la fois poussé par la curiosité devant les problèmes graves évoqués mais également pour découvrir la vérité sur son épouse.

Il ne s’attend guère alors à se retrouver face à une menace terrifiante non seulement pour lui et sa famille, mais également pour les espèces vivantes de la planète. Lorsque le super prédateur fabrique une créature plus terrifiante et destructrice que lui, les dégâts promettent d »être incommensurable.

Si on est pessimiste, on parle de roman d’anticipation, si on est optimiste de roman de science fiction, si on est réaliste, on se dit que si le pire n’est jamais certain, l’homme a lui un don tout à fait reconnu pour se fourvoyer. Rondement troussé, ce roman se laisse lire sans déplaisir.