Dan Simmons – L’échiquier du mal

http://www.amazon.fr/L%C3%A9chiquier-du-mal-Dan-Simmons-ebook/dp/B00OUXPRIS/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1445264662&sr=1-1&keywords=l%27%C3%A9chiquier+du+mal

Les thèmes du bien et du mal, leur apparent affrontement permanent, leur prépondérance dans la littérature sont au cœur de ce roman de science fiction. Dan Simmons, écrivain américain né après la seconde guerre mondiale, en pleine guerre froide et à l’aube de la chasse aux sorcières qui vit le « rouge » érigé en agent du mal absolu, livre ici un roman noir et haletant sur la question. 51boz6kaMEL__BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-v3-big,TopRight,0,-55_SX324_SY324_PIkin4,BottomRight,1,22_AA346_SH20_OU08_

L’ouverture se fait, comme dans un comics bien connu, dans les entrailles de l’horreur du XXè siècle, un camp d’extermination nazi. Un jeune juif se retrouve sélectionné pour un jeu diabolique. Quelques quarante années plus tard, devenu professeur de psychologie, psychiatre et spécialiste de la violence, il voit réapparaître le maître de ses cauchemars. S’engage alors une lutte à mort entre quelques êtres « normaux » conscients du danger que représentent ces maîtres du mal, vampires psychiques et joueurs pathologiques sur l’échiquier de l’histoire contemporaine américaine.

Le thème est séduisant et on est pris par le récit haletant et parfaitement maîtrisé. Petite déception dans la forme, beaucoup de répétitions, des longueurs et des redites avec des épisodes qui de loin en loin se ressemblent diablement. Manque également un peu de nuances, car cet affrontement dantesque a des relents bibliques et évangéliques assez désagréables. Mais c’est sans doute la loi du genre. Peut être également que la quinzaine d’années écoulées entre l’année de publication et ma lecture rende le livre un peu obsolète dans son traitement de ces questions, une impression de déjà lu/vu qui lui ôte une partie de son efficacité.

Autre avis sur ce livre/.

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Ben Lerner – Au départ d’Atocha (trad. Jakuta Alikavazovic) – Editions de l’Olivier

108963_couverture_Hres_0Un roman très surprenant à la première personne, dans lequel l’auteur nous plonge dans l’abîme d’un art d’écrire. L’art comme finalité de la vie ou la vie comme notes éparses dans la création littéraires, le narrateur de Ben Lerner semble tiraillé entre les deux. A moins que l’erreur du non-écrivant soit justement de penser que les deux propositions sont distinces alors que l’auteur lui sait passer de l’une à l’autre avec beaucoup de souplesse. Toujours est-il que ce roman nous promène dans les aventures rocambolesques et triviales d’un jeune américain parti chercher la gloire littéraire et sociale à Madrid et découvrant finalement surtout un moment où les règles et les normes se nuancent à l’infini de l’expérimentation.

Adam Gordon, poète en devenir de son état, profite de son statut de résident à Madrid pour expérimenter les drogues, les femmes et la sociabilité madrilène. Il déambule dans la ville au bras de ses conquêtes et puisque son art ne semble pas encore assez fort pour lui assurer l’admiration de ses amoureuses, il choisit de recréer certains épisodes de sa vie. Ainsi pour faire oublier ses rêveries sous acides incompréhensibles en société, il parle de la mort de sa mère et du fascisme de son père, certains ainsi de trouver des bras et des épaules charitables sur lesquelles épancher un chagrin imaginaire.

Mais n’est pas menteur qui veut, et le voilà bientôt pris au piège de ses mensonges et obligé d’en inventer de nouveau, nourrissant ainsi sa vie réelle d’une foule de détails fantasques. L’art et la vie intimement mêlées ou bien le mensonge comme acte créatif, Adam ne sait plus vraiment, mais il trouve un plaisir narcissiques pervers à se jouer ainsi de ses conquêtes et de lui-même. Mais dans ces temps de terreur aveugle, les évènements dramatiques finissent toujours par s’imposer à la douceur de vivre et dans ce climat d’horreur, Adam doit choisir entre son petit narcissisme et le soutien à apporter aux amis.

Un roman à la fois cruel et délicat sur l’art de devenir un être humain et un créateur.

Cormac McCarthy – De si jolis chevaux (trad. F.Hirsch & P.Schaeffer) – Actes Sud

9782742733767Roman des grands espaces, de la solitude et d’un cowboy en ultime avatar du chevalier sans peur et sans reproche, la fresque que livre l’écrivain américain ne cache rien de cette masculinité fragile dans des espaces encore ensauvagés et livrés à l’arbitraire. De si jolis chevaux commencent comme une aventure à la Deux ans de vacances pour devenir rapidement un roman d’aventure sombre où l’amour, l’honneur et le sang tranchent sur les espaces désertiques du sud Texas et du Nord Mexique. De chaque côté de la frontière des hommes tentent de survivre dans un climat partagé entre suspicion et entraide.

John Grady et Lacey Rawling sont deux ados en rupture de ban. Ils décident de laisser derrière eux le confort de petites maisons texanes pour se lancer sur les routes d’un exil volontaire afin de répondre à l’appel de leur passion pour les chevaux. Rapidement ils sont rejoint par un troisième larron, Jimmy Blevins, étrange gamin écorché vif, mais attaché comme un forcené à son  cheval. Les trois garçons vivent de petits boulots donnés ici ou là dans les fermes et villages croisés sur la route. Dans un Mexique terrassé par la chaleur, ils avancent au trot léger de leurs montures.

Rapidement cependant le jeune Blevins semble destiné à s’attirer de lourds ennuis et par une nuit de tonnerre, le voyage de nos jeunes texans tournent au franc cauchemar. Grady et Rawling pensent avoir semé leurs poursuivants en se réfugiant dans une hacienda où l’on rassemble les chevaux sauvages. Là, Grady peut se livrer pleinement à sa passion pour l’élevage et le dressage sous le regard de plus en plus appréciateur des rancheros et du propriétaire.

Pourtant le destin de ces deux garçons semblent désormais liés au terrible hasard et ils finissent dans les geôles infernales d’un arrière pays écrasé de chaleur et de violence.

Premier tome de la trilogie des confins dans lequel l’auteur narre l’impossibilité pour les aventuriers de s’affranchir de la violence de sociétés où l’homme est d’abord une machine de destruction massive régissant les chevaux, les femmes et les hommes avec la même brutalité. L’honneur sert de cache-sexe à ce goût de la violence. Mais il montre aussi qu’on peut parfois, pendant quelques instants, entrer en résonnance avec le monde alentour. Un cheval, un amour, un ami, autant d’instants précieux qui peuplent la longue marche vers le « monde à venir ». Un roman magnifique et tragique où le pas des chevaux résonnent dans le coeur de chaque gentilhomme de fortune.