En revue…

Parmi les bonnes revues de ce mois, j’ai trouvé de la force, des femmes, de la nécessaire analyse des oeuvres controversées et un état de la psychologie aujourd’hui.

pmfr98-couvCommençons par la force, très en vogue ces derniers temps. Dans le numéro d’avril de Philosophie Magazine, on trouve un excellent dossier sur le sujet, ouvert par un dialogue très éclairant entre la talentueuse Cynthia Fleury et le ministre de l’intérieur, qui se poursuit par le travail passionnant de Miguel Benasayag. On lira bien sûr avec intérêt le classique de George Orwell sur la surveillance ou les idées d’Alain Berthoz concernant la nécessité de l’interdisciplinarité pour une pensée plurielle et nuancée.

Un peu de littérature après la philosophie et un dossier à la fois 566passionnant et frustrant sur l’état du féminisme aujourd’hui. Le magazine Littéraire fait un état des lieux depuis l’Antiquité jusqu’aux terribles questions sur l’universalisme de notre combat. Une large place est faite au travail de Simone de Beauvoir, éclipsant encore une fois celui de Françoise d’Eaubonne qui a compris l’importance du lien entre féminisme et écologie pour la libération des unes et l’avenir de l’autre. Le malaise français est également abordé dans ce numéro avec une analyse des récents ouvrages d’Henri Michaud, Jean Pierre le Goff tout deux très polémiques, voire pamphlétaires et le travail plus nuancé et complet de Marcel Gauchet.

booksPoursuivons avec Books qui s’interroge sur la nécessité de rééditer le pamphlet d’Adolf Hitler. Mein Kampf tombe dans le domaine public en Allemagne et alors que son succès de ne se dément pas dans les pays arabes, les allemands s’interroge sur l’art et la manière de désamorcer le contenu nauséabond de cet ouvrage. Un dossier très complet et très intéressant tant pour la partie historique que contemporaine. D’autres textes passionnants sont à l’honneur dans ce numéro dont une critique d’un ouvrage sur les Kurdes et la potentialité de leur Etat enfin à portée de main ou encore ce très étonnant papier sur l’influence du Talmud dans la société sud-coréenne. L’envie, sentiment humain bien connu et souvent considéré comme négatif, apparaît ici comme une volonté non d’écraser l’autre, mais de parvenir à une excellence qu’on lui reconnait. Certes la vision qu’on nos amis sud-coréen peu sembler outrancière et assez drôle, mais après tout la tentative de compréhension des différences est un moyen de se découvrir soi autrement.

On finit ce mois-ci avec les Grands dossiers de Sciences Humaines qui se penche sur la 14555375962_GD42_258psychologie du début du XXIè siècle à l’ère du numérique, de l’autonomie des machines et de l’exposition permanente de égos (n’est ce pas :)). Les fœtus, les ados, les vieux, le langage, l’intelligence, le soi, le coopératif, le cerveau machine, les sciences du bien être et leurs corollaires du développement personnel. Un tour d’horizon très complet et passionnant qui permet de voir l’extrême variété et la vitalité des sciences humaines. La conclusion du dossier n’est certes pas des plus optimistes puisque l’on découvre que la psychologie ne rentre pas vraiment dans les cadres strictes des sciences, mais après tout se souvenir que tout n’est pas aussi simple que 1+1=2.

De bonnes lectures donc et tant encore à découvrir

 

Revue de presse –

Trois excellentes livraisons des grands mensuels de sciences humaines ce mois-ci. Les attentats de 2015, la crise migratoire et les réponses politiques sont au centre des préoccupations de la pensée française et parfois internationale et par des biais différents la littérature, la philosophie et les sciences humaines se penchent sur notre modernité heurtée de plein fouet par les crises internationales. En parallèle de ces passionnantes lectures, on pourra écouter avec bénéfice la formidable leçon de clôture donnée par Régis Debray, lors de la journée de la Philosophie organisée par France Culture le 30 janvier dernier.

En écoute ici

14495730922_SHUM277S_258Commençons par le hors série de la revue Sciences Humaines saluant comme il se doit le quart de siècle de la revue. Après un rapide retour sur les grandes questions qui ont jalonné ces vingt cinq dernières années, Sciences Humaines abordent de front les questions graves posées à la société français par les crises successives depuis le début des années 2000. Ecologie, économie, crise du religieux et crise identitaire, Politique et intimité du couple et de l’individu, c’est un panorama très large et très didactique qui nous est proposé. Une preuve s’il le fallait que tenter d’expliquer, tenter de comprendre sont des nécessités pour trouver des solutions qui ne passent pas  par la guerre de tous contre tous et la limitation des droits de chacun.

La philosophie est également convoquée pour tenter de comprendre la crise que nouspmfr96couv traversons. La question du bien et du mal n’est ni nouvelle, ni particulièrement aisée, mais la philosophie offre ceci de merveilleux qu’elle ne juge pas, n’impose pas et n’obère rien. D’où une vision nuancée de ces notions usées et abusées par certains politiques et religieux pour réduire la psyché humaine à un vain combat. A la suite de nombreuses émissions du service public, la presse comprend le danger d’une vision binaire, matinée de complotisme aigu et incantatoire de l’Histoire contemporaine et nous offre des pistes pour tenter d’amorcer le dialogue avec celles et ceux qui trouvent dans les réponses toutes faites et simplistes des réseaux sociaux un lieu facile à vivre et à penser. L’école ne peut pas tout, mais elle devrait travailler sur ses acquis pour rappeler l’importance de la méthode de décryptage d’une information. La revue se referme sur un entretien passionnant avec le philosophe américain Michael Walzer qui nous rappelle que la lutte contre la terreur commence par celle qui agit en nous, comme un poison mortel.
564Le dernier mot revient bien sûr à la littérature, ce lieu de tous les engagements, de toutes les libertés, de toutes les errances et des plus grandes vérités humaines avec un formidable dialogue entre notre jeune « goncourtrisé » Mathias Enard, auteur d’une oeuvre toute en nuances et lumière sur les entre deux, ces terres étranges de toutes les rencontres et le grand écrivain engagé algérien Kamel Daoud, qui avec Meursault contre enquête avait enfin rendu la parole à cette Algérie laissée orpheline par un Camus parfois si froid. Lorsque la parole s’échange entre deux intelligences aussi humanistes on rêve de n’entendre le monde que par de tels esprits fils des Lumières occidentales comme orientales. Le dossier du mois est consacré à l’abrupte et parfois austère ponctuation; où on découvre que ce jeu de symboles pour respirer et enchanter un texte, a une histoire particulièrement traversée et ce bien avant les jeux de nos romanciers et poètes contemporains.

Bref du très bon pour penser le monde avec un peu moins d’emphase et de crispation et un peu plus d’esprit et de nuances, le moyen de tenir la peur à distance et de retrouver un peu de paix et d’intériorité.

Documentaire – Poétique du Cerveau – Nurith Aviv

Un documentaire magnifique et élégant de la photographe et cinéaste Nurith Aviv qui continue à explorer la langue et cette fragile interaction entre les humains … enfin entre certains. Elle interroge des scientifiques dans différentes spécialités liées au cerveau et à cette capacité particulière du langage et nous propose ainsi un voyage merveilleux dans cet espace si proche et si peu connu de l’art de communiquer….

A partit de son passé, de ses souvenirs d’enfance, Nurith Aviv nous propose de découvrir comment se fabriquent les souvenirs, comment le langage et le cerveau agissent de concert pour permettre aux humains de communiquer et de vivre aussi pacifiquement que possible.

Elle revient sur une découverte extraordinaire, les neurones miroirs qui font que non seulement nous ressentons nos émotions mais également ceux des autres que nous ne soyons témoins ou que nous entendions ou sentions seulement. Car même si nous l’avons un peu oublié, l’odeur est un sens particulièrement actif. Je ne sais pas si les propos du chercheur se vérifient, mais il semblerait que des molécules odoriférantes se dégagent des larmes « émotionnelles » et que cette « odeur » fait baisser le niveau de testostérone et donc d’agressivité. On voudrait que ce soit vrai, malgré les faits qui chaque jour nous montrent le contraire, mais l’idée est belle, poétique….

Et c’est toute la valeur du travail de Nurith Aviv, cette façon humaniste, poétique, intellectuelle et sensible de raconter ce qui nous rapproche dans les méandres de cet organe si complexe et si peu connu qu’est notre cerveau.

A découvrir sur France Culture

 

Sciences Humaines – Hors Série #32

Sciences Humaines Hors-Série #32

13769193452_GDSH32_258« (…) Séduction, parades, bécotages, tendresse, protection, ou même jalousie et tristesse se retrouvent aussi chez les animaux.

 

L’être humain est une animal social, disait déjà Aristote. Et l’on sait aujourd’hui que le le besoin d’amour sous toutes ses formes est l’un des motifs profonds indispensable à sa vie et à son équilibre; qu’il soit sexuel ou conjugal, parental, fait d’amitié, d’attachement, d’empathie ou même simplement de reconnaissance, le besoin d’amour gouverne les vies humaines et se trouve à la source du lien social. »