Documentaire – Poétique du Cerveau – Nurith Aviv

Un documentaire magnifique et élégant de la photographe et cinéaste Nurith Aviv qui continue à explorer la langue et cette fragile interaction entre les humains … enfin entre certains. Elle interroge des scientifiques dans différentes spécialités liées au cerveau et à cette capacité particulière du langage et nous propose ainsi un voyage merveilleux dans cet espace si proche et si peu connu de l’art de communiquer….

A partit de son passé, de ses souvenirs d’enfance, Nurith Aviv nous propose de découvrir comment se fabriquent les souvenirs, comment le langage et le cerveau agissent de concert pour permettre aux humains de communiquer et de vivre aussi pacifiquement que possible.

Elle revient sur une découverte extraordinaire, les neurones miroirs qui font que non seulement nous ressentons nos émotions mais également ceux des autres que nous ne soyons témoins ou que nous entendions ou sentions seulement. Car même si nous l’avons un peu oublié, l’odeur est un sens particulièrement actif. Je ne sais pas si les propos du chercheur se vérifient, mais il semblerait que des molécules odoriférantes se dégagent des larmes « émotionnelles » et que cette « odeur » fait baisser le niveau de testostérone et donc d’agressivité. On voudrait que ce soit vrai, malgré les faits qui chaque jour nous montrent le contraire, mais l’idée est belle, poétique….

Et c’est toute la valeur du travail de Nurith Aviv, cette façon humaniste, poétique, intellectuelle et sensible de raconter ce qui nous rapproche dans les méandres de cet organe si complexe et si peu connu qu’est notre cerveau.

A découvrir sur France Culture

 

Carlo Rovelli – Sept brèves leçons de physique – (trad.Patrick Vighetti) – Odile Jabob editions

http://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences/physique-chimie/sept-breves-lecons-de-physique_9782738133120.php

Je ne suis pas une scientifique, la bosse des math me fuit et la physique, j’adore l’entendre évoquer par Etienne Klein ou feuilleter les revues scientifiques mais je ne suis qu’une dilettante fascinée par la magie de la fée science. Aussi tout ouvrage de vulgarisation, surtout quand il est aussi court, est pour moi un moment de grâce. L’impression d’un seul coup, en quelques pages patiemment lues et parfois relues d’avoir enfin trouvé la lumière et de crier Euréka sous ma couette….oui je fais des trucs bizarres sous ma couette… Et bien croyez le ou non, avec ces Sept Brèves Leçons de Physique, l’auteur de Un Peu de Science Subversive réussit le pari d’enchanter encore plus ma vision de la Physique. Je n’ai aucun doute sur le fait que je suis incapable de saisir les finesses et les nuances de cette science de ce qui nous entoure, mais je me sens juste un peu plus curieuse, un peu plus fascinée.

Ces leçons avaient été préalablement publiées dans un quotidien italien. Rassemblées ici, elles deviennent une jolie petite histoire des grands thèmes de la Physique contemporaine. Sont abordés la théorie de la Relativité Générale ou la rencontre de Newton et d’Einstein ; les quantas petites merveilles théoriques qui restent aussi mystérieux que les licornes et qui laissaient Einstein sceptiques ; l’architecture du cosmos ou l’histoire d’un mollusque à la peau granuleuse ; puis viennent les particules parmi lesquelles on trouve les très littéraires quarks qui transforment l’espace en une gigantesque partie sous acide ; les grains d’espace où l’on découvre que les physiciens décrivent des mondes qui ne semblent pas du tout aller ensemble, mais qui à force de regarder autrement finissent par dire une nouvelle histoire révolutionnaire ; la sixième est une histoire de la probabilité et une question véritablement philosophique sur l’écoulement du temps et la réalité du présent.

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Mais c’est la dernière leçon qui m’a le plus séduite. Une merveille d’humanité et d’intelligence. Un rappel également que malgré l’accroissement phénoménal et semble t il exponentiel de nos connaissances sur le temps, l’espace et les probabilités d’autres mondes ou de formidable retournement possible de nos scénarios sur notre univers, sa naissance et son histoire, nous restons incapables de ne pas nous mettre en danger nous-mêmes. Nos connaissances ne font pas de nous des sages, mais malheureusement pour nous, nous sommes aujourd’hui notre premier et sans doute désormais seul ennemi. Pour l’univers la disparition prochaine d’un primate n’aura pas le moindre impact, à peine une ridule sur la « peau » du mollusque et cette certitude est la dernière protection contre le terrible hybris qui affecte notre espèce…

Verbatim – Frans de Waal

 » La science opère par les preuves et par la raison. Elle valorise le doute, rejette l’autorité. Aucune découverte n’est tenue pour « vraie » -notion qui est toujours provisoire- tant qu’elle n’a pas été répétée et vérifiée par d’autres » (Jerry Coyne cité p.139 Le bonobo, dieu et nous)

« Les gens et les idées qui sont arrivées les premiers » ont un effet inhibiteur profond sur les idées neuves. Ils racontent encore et toujours leur histoire tandis que les observations nouvelles doivent lutter durement pour remonter d’en bas. Le savoir humain progresse d’enterrement en enterrement: cette vieille formule sonne tellement vrai. » (Michael Gazzaniga cité p.140 Le bonobo, dieu et nous)