Voix féministes à entendre ….vite, très vite

566http://www.telerama.fr/idees/apres-cologne-nous-voyons-en-europe-les-signes-precurseurs-de-la-montee-de-l-extreme-droite-integriste,137685.php

https://blogs.mediapart.fr/monica-m/blog/150116/propos-de-cologne-analyse-de-marieme-helie-lucas

Et l’entretien donnée par la sociologue à Marc Weitzmann dans le dernier numéro du Magazine Littéraire.

https://tradfem.wordpress.com/2016/03/27/meghan-murphy-definir-le-feminisme-voici-pourquoi-il-nous-faut-etre-radicales-dans-notre-mouvement/

http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20160324.OBS7089/des-femmes-ces-irreductibles-qui-luttent-contre-la-dictature-du-phallus.html

 

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Sylvie Germain – à la table des hommes – Albin Michel

1540-1Sylvie Germain est une écrivaine que j’aime particulièrement. Son rythme, sa douceur, les nuances de sa prose et la délicatesse de son récit. Entre réalité et conte, elle trace un chemin sensible et lumineux.

Dans ce nouveau récit, c’est le sujet de la transmutation, de la transfiguration, de la métamorphose qui permet à l’auteur de parler de la douleur et du bonheur d’être en société. Entre brutalité et bienveillance, l’homme et la femme doivent choisir leur camp. Le premier, le plus simple, le plus atroce, le plus commun; le second, le plus difficile, le plus lumineux, le plus intrinsèquement hors des sentiers battus.

Un lieu universel frappé d’un seul coup par la violence et la destruction, un petit goret échappé miraculeusement à la mort, des rencontres improbables avec une humaine, une biche, une corneille et un chat. Puis l’étrange, un corps humain, un corps animal et une renaissance entre les deux essences. L’enfant-animal rejoint les hommes, découvre l’affection un peu bourrue de la vieille femme, la violence des jeunes, le langage et ses étrangetés. L’enfant-animal devenu Babel va poursuivre sa route hors du village, auprès de marginaux, de clowns, de résistants à la violence ambiante, prenant ces chemins de traverse où se découvre souvent une identité multiple, souple et accueillante.

Cette bienveillance n’est pas le propre de l’homme, il transparaît dans la relation avec une corneille, ces oiseaux noirs brillants et fidèles, dans l’accueil de l’autre, le plus faible, sans question, sans remord, juste parce que c’est ainsi, si simple.

Un roman lumineux et mélancolique, le triste constat de la permanence de la prédation au coeur de l’homme malgré toutes les possibilités  de bienveillance qui s’offre à lui….

Sur le site d’Albin Michel

Sur le site de Télérama

Cinéma – Suburra

Un nouvel opus des rapports sulfureux entre le cinéma italien et les dérives politico-religio-mafieuses de la botte. On y retrouve tous les archétypes du genre et une petite nouveauté qui fait le charme de ce film réalisé par Stefano Sollima, un habitué du genre puisqu’on le retrouve derrière les caméras des films Gomorra et de la série Romanzo Criminale.

Rome, novembre 2011, le parlement est en émoi, les juges sont sur les traces des politiques verreux et au Vatican on entend  ici ou là de drôles de petits bruits sur le fonctionnement de la Curie et de la banque vaticane. Un joyeux merdier se prépare et chacun tient à traire la bête aussi vite et aussi complètement que possible. Les Familles du sud surveillent leurs investissements et la montée ici ou là de nouveaux groupes mafieux aux dents longues et à la vulgarité crasse. C’est dans cette atmosphère de décadence pré-apocalyptique qu’un député veule se fait prendre la main dans le pantalon avec le cadavre d’une mineure, qu’un petit bandit tzigane se fait trucider par un petit bandit d’Ostie et que la jolie machine à faire du pognon préparé avec art et méthode entre le représentant des Familles et les élus se grippe dangereusement.

Evidemment pas de film italien sur la mafia sans jolies filles très dénudées, sans sainte Mama, sans garçons ultra violents pilotés par leurs hormones mâles déchaînées, sans vieux sage sans pitié. Curieux d’ailleurs de voir à quel point les jeunes tarés qui partent daeshés et les jeunes tarés qui se jettent dans les bras de la pieuvre se ressemblent: même recherche désespérée d’une autorité, mais défi à l’autorité, même désir hystérique de pouvoir et de goût pour la violence et la mort. Il faudra vraiment un jour interroger notre incapacité à offrir à nos jeunes un avenir pacifié où amour et poésie seront plus désirables que violence et vulgarité.

S’il en était resté là, Suburra aurait sans doute eu un intérêt limité, mais ce qui retient l’attention, en dehors de l’esthétisation extrême, presque trop parfois, ce sont les petits grains de sable qui viennent se glisser dans ce bel édifice. La vengeance n’est plus le fait des héros ou antihéros, mais l’irruption des faibles, des ratés, des débiles que nul n’attendait. Un spectacle redoutablement efficace.

Sur le site de Télérama

 

Cinéma – Mia Madre – Nanni Moretti

J’adore ce réalisateur, acteur, magicien de l’intime qui depuis des années nous donne parmi les plus belles œuvres du cinéma italien. On pleure, on rit, on réfléchit, on s’abime dans notre propre intime et on sort à la fois meurtri et allégé.

Avec ce nouvel opus autour de la mort de la mère, du refus et du deuil, c’est une nouvelle page de la vie du réalisateur qu’il nous invite à tourner avec lui, nous donnant de fait l’occasion de tourner notre propre page.

Margherita Buy interprète une réalisatrice aux prises avec un énième film social dans un pays socialement dévasté et un acteur américain, petite diva du sous continent égotique hollywoodien. Elle s’accroche à ce temps professionnel pour échapper à l’agonie de sa mère, dont le cœur est entrain de s’éteindre inexorablement. Face à sa colère et son refus de la mort, son frère tente de la ramener sur terre pour qu’elle puisse partager sa souffrance et lui donner une chance de s’amoindrir au contact de celles des autres.

Film de trois générations de femmes, la mère, la fille et la petite fille rassemblées autour de l’apprentissage du Latin, ce moment de pure intimité est l’un des plus forts du film. Les femmes enfin arrachées au gynécée pour être admises dans le sein du savoir et de la transmission du savoir. Confrontée à ce qu’elle refuse, l’égotique Margherita, retranchée dans sa douleur et sa colère, finit par comprendre qu’elle doit accepter que sa mère ne peut plus faire trois pas de plus, dans une scène terrible entre la mère et la fille à l’hôpital

Un film magnifique et un réalisateur au sommet de son art. A voir…

Interview de Nanni Moretti sur le site de Télérama