Café Society – Woody Allen

Un film léger, élégant, raffiné, une bluette qui se regarde avec plaisir, bercé par ce merveilleux jazz des années 20-30, quand tout semblait possible, tout était sans importance. L’amour est un rêve qu’il faut savoir déguster avec art et abandonner quelque part dans un recoin secret de son esprit.

On sent la mélancolie profonde de Woody Allen dans ce film, sa certitude de l’impermanence des choses et de la nécessaire « déshadérence » au monde pour s’arracher à la fange du réel. Curieux de voir ce film à la lumière de la prose de François Jullien.

Je reste pourtant sceptique sur le choix des acteurs. Ils sont à la fois parfaits et tristement mauvais. Parfaits car leurs silhouettes épousent comme un gant le temps du film. Mauvais car ils sont mauvais, fades, artificiels.

Qu’importe, j’ai adoré la bande son, les images toujours léchées et ce moment de disparition au fond d’une salle obscure. Merci Woody.

Sur le site de Télérama

Cinéma – Apprenti Gigolo

Voilà ce qu’est l’humour, voilà ce qu’est une comédie, voilà ce qu’est un merveilleux moment de cinéma.

Oh traitez-moi de snob si cela vous chante, mais pour moi, il y a dans ce formidable film de John Turturro de la légèreté, de la finesse, de l’intelligence et une formidable dose d’humour qui permettent de traiter du sujet  de l’intégrisme religieux et du proxénétisme avec cet art qui fait la différence entre l’humour gras et potache et l’humour qui touche les cellules grises avant le ventre.

Un fleuriste à mi-temps et un libraire en dépot de bilan. Un homme raisonnablement séduisant et un vieux briscard, les deux avec de solides problèmes d’argent. Lors d’une conversation étrange avec son psy, le vieux briscard, interprété par le toujours merveilleux Woody Allen, découvre que les femmes riches ont des envies de chairs fraiches et de mains solides et baladeuses. Il découvre surtout que les talents humains de son fleuriste d’ami peuvent être monnayés non seulement par de riches bourgeoises tenaillées par l’ennui, mais également par des veuves juives intégristes.

On aurait pu rapidement tomber dans une succession de clichés sordides, le crime honteux de la comédie à la française, mais John Turturro donne à ses personnages une latitude qui leur permet la complexité même dans le cliché de la bourgeoise vamp. Le rôle qu’il offre à Vanessa Paradis est d’une belle intensité dramatique et offre un contrepoint aux pitreries de Woody Allen.

Du bon, très bon cinéma.

Cinéma – Blue Jasmine

Blue Jasmine, un joli prénom, factice, une jolie musique, factice, une jolie vie, factice. Lorsque la bulle éclate, Jasmine/Jeannette se retrouve le nez dans le caniveau, avec un mari suicidé, un beau fils en  fugue et un esprit en rase campagne. Elle décide donc d’aller chercher refuge chez sa sœur Ginger, caissière à San Francisco. Entre la bourgeoise évaporée et la caissière presque résignée à son triste sort, la cohabitation promet quelques sérieuses étincelles.

Woody Allen fait des merveilles avec sa nouvelle muse. Cate Blanchett insuffle à son personnage toute la folie et le désespoir nécessaire et cette voix…. Les autres personnages moins flamboyants n’en sont pas moins très justes. On retrouve les délires psychanalytiques, la difficulté de trouver sa place, les bons règlements de comptes entre classes sociales différentes et le goût de la provocation du new yorkais le plus célèbre du monde; et peut être un petit soupçon de vengeance envers le personnage du sulfureux escroc interprété par Alec Baldwin dont nul ne peut ignorer qu’il s’inspire de Madoff qui a plumé une bonne partie de la bourgeoisie newyorkaise…

C’est méchant, brillant, sans concession ni pour la sœur bourgeoise, ni pour son double prolétaire et cela finit par la pirouette parfaite. Très réussi